Montessori : voilà un mot à la mode. Il est estampillé sur un nombre incalculable de livres, manuels, jeux, sites web et même écoles. Visiblement, il fait vendre. Il suffit presque qu’un enseignant déclare d’un air grave « je fais du Montessori » pour que tout le monde le regarde d’un air respectueux. Mais qui était réellement Maria Montessori ? Que disait-elle exactement ? Combien d’enseignants ont-ils lu ses livres ? En quoi consiste sa pédagogie, au juste ? 

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Source : Wikipedia Commons. Photo colorisée en utilisant le site Algorithmia

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Je vous invite à une petite enquête, qui commence aujourd’hui mais qui va se poursuivre dans les semaines à venir. Nous allons lire ensemble les livres « originels », ceux que Maria a réellement écrits, et essayer de comprendre pourquoi sa réputation ne cesse de grandir, dans le monde entier. Effet de mode ?

J’ai ces livres de Maria Montessori sur mon étagère depuis maintenant plusieurs années : « L’esprit absorbant de l’enfant » et « Pédagogie scientifique, tome 1 : la maison des enfants ». Je les avais achetés un peu au hasard, du temps où j’enseignais en maternelle.

Je ne les ai jamais lus.

Lorsqu’en août 2017 je vous avais interrogés pour savoir quels livres je pourrais lire et vous présenter, « L’esprit absorbant de l’enfant » faisait partie du tiercé gagnant.

Le moment est donc venu de le lire et de vous en faire un petit compte-rendu, comme je l’avais fait pour « Pourquoi les enfants n’aiment pas l’école !  » (ici et ici) et pour « Mets-toi ça dans la tête ! » ( et ).

Mais on n’attaque pas un livre de Maria comme on ouvrirait un roman policier. Là, on a du sérieux, du touffu, du compact. Tenez, voyez donc la table des matières du livre, vous allez comprendre :

-L’enfant dans la reconstruction du monde
-L’éducation pour la vie
-Les périodes de la croissance
-Une orientation nouvelle
-Le miracle de la création
-L’embryon spirituel
-la conquête de l’indépendance
-Soins à prendre pour le début de la vie
-Du langage
-L’appel du langage
-Obstacles et leurs conséquences
-Le mouvement et le développement total
-L’intelligence et la main
-Développement et imitation
-Du créateur inconscient au travailleur conscient
-Elaboration ultérieure au moyen de la culture et de l’imagination
-le caractère et ses défauts chez les enfants
-Contribution sociale de l’enfant – normalisation
-la construction du caractère est une conquête
-la sublimation de l’instinct de possession
-Le développement social
-Société par cohésion
-L’erreur et son contrôle
-les trois degrés de l’obéissance
-La maîtresse montessorienne et la discipline
-Préparation de la maîtresse montessorienne
-L’enfant, source de l’amour

En faire un résumé en un ou deux articles me paraît donc, de prime abord, une tâche très difficile.

Et cela me conforte dans l’idée que la pédagogie Montessori, la vraie, est très loin de se résumer à la tour rose, l’escalier marron et au boutonnage-laçage.

Je vais donc, en toute honnêteté, tenter de tirer pour vous la substantifique moelle de « l’esprit absorbant de l’enfant« . J’espère pouvoir y arriver 😀

Je sais que je peux compter sur votre bienveillance !

Maria Montessori : sa vie

Mais au préalable, si nous faisions un peu mieux connaissance avec Maria ?

Je me suis servi de l’excellent article de Wikipedia pour vous tracer à ma manière les grandes lignes de sa vie :

Maria Montessori est née en 1870.

Ses parents voulaient qu’elle soit enseignante. Eh bien non, Maria a décidé de devenir médecin, ce qui dans l’Italie du 19°siècle ne va pas de soi, étant donné qu’à l’époque, on considère que seuls les hommes pouvaient exercer cette profession.

Malgré une forte opposition, tant familiale qu’universitaire, elle persévère et obtient son diplôme en 1896, ce qui en fait l’une des premières femmes diplômées de médecine en Italie.

En travaillant dans une clinique psychiatrique, elle est intéressée par ceux qu’on appelait alors « retardés mentaux », et elle découvre qu’ils n’ont aucun jeu à leur disposition. Elle comprend que l’activité motrice et manuelle est indispensable au développement de l’intelligence.

(Je ne peux m’empêcher de faire le lien avec certains élèves que j’ai vus arriver en petite section, et qui n’avaient connu dans leur vie que le biberon et la télé. Bien entendu, ces élèves constituaient de véritables défis pour les enseignants).

Au contact de ces enfants en grosse difficulté, Maria a un déclic : elle veut devenir pédagogue, se spécialiser dans ce domaine. Et comme à son habitude, elle s’y investit totalement.

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Maria en 1913 – Source : Wikipedia Commons. Photo colorisée en utilisant le site Algorithmia

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Très rapidement, elle crée une école d’orthophrénie, qui consiste à éduquer et rééduquer des enfants atteints de troubles mentaux partiellement améliorables.

Non seulement elle y forme des enseignants, mais elle s’investit auprès d’enfants déficients, leur apprend à lire, à écrire et leur fait passer avec succès des examens réservés aux enfants « normaux » !

Visiblement, et contrairement à nombre d’autres pédagogues, elle ne se borne pas à énoncer des principes : elle les met en application elle-même, et avec succès.

Croyez-vous qu’elle se contentera de ces réussites ? Pas du tout.

Elle se lance dans des études de psychologie et de philosophie et, en 1906, elle se lance dans la grande aventure de sa vie :

Elle monte une école destinée aux enfants « normaux » d’âge préscolaire, et qu’elle appelle « Maison des enfants ».

Et elle crée sa méthode pédagogique.

Son école est un lieu foisonnant, empli de vie, un lieu d’expérimentation et de réussites, où elle affine sa méthode jusqu’au moment où elle décide de la faire connaître au monde : elle part de 1914 à 1918 aux Etats-Unis (ce qui explique probablement sa popularité dans ce pays), puis parcourt le monde via les congrès de la ligue internationale pour l’éducation nouvelle.

S’ensuit une période difficile, avec une opposition au régime fasciste de Mussolini qui lui vaut la fermeture de toutes ses écoles et le départ pour l’Espagne, ce qui n’était pas la meilleure des idées puisque rapidement l’arrivée du général Franco au pouvoir provoque un nouveau changement de pays : sa patrie sera désormais les Pays-Bas (elle y mourra d’ailleurs en 1952).

Maria a passé toute la deuxième guerre mondiale… en Inde ! Elle y était arrivée en 1939 pour y donner une formation mais s’y est retrouvée assignée à résidence, étant italienne. Nullement découragée, elle y organise des formations et continue d’affiner sa méthode.

Elle rentre en Italie, puis aux Pays-bas en 1946. Elle y meurt en 1952.

En lisant le récit de cette vie, je me suis dit que Maria était dotée d’une personnalité exceptionnelle. Elle a surmonté épreuve après épreuve pour suivre inlassablement le destin qu’elle s’était elle-même tracé, parcourant le monde, y semant les graines de sa pédagogie révolutionnaire pour l’époque, mettant en évidence des mécanismes fondamentaux dans le développement de l’enfant, diffusant son savoir par le biais de ses livres, laissant un sillon indélébile qui ne fait que s’amplifier, 150 ans après sa naissance.

Chamailleries pédagogiques

En faisant quelques recherches sur Maria, je suis allé visiter Gallica, le site de la BNF, qui contient d’innombrables trésors.

Je suis tombé sur la reproduction d’un numéro du journal « L’enfant » (organe des sociétés protectrices de l’enfance) qui date d’avril 1914, il a donc été publié il y a 105 ans…

Et j’ai pu constater avec amusement que, déjà, les mini-querelles pédagogiques étaient de mise…

En témoignent ces deux courts extraits sous forme de reproductions :

Ça commence gentiment :

Et ça continue avec un coup de griffe :

Que le rédacteur de cet article soit rassuré : en 2019, le nom de Pauline Kergomard est lui aussi loin d’être oublié !

Rendez-vous donc dans un prochain article pour parler de « L’esprit absorbant de l’enfant » !