Comment doit-on apprendre aux élèves à écrire le « a » en cursive ? Voici la deuxième partie de cette réflexion et, si j’en juge par la quantité et la qualité des commentaires de la première partie, le sujet vous passionne. Et entre nous, c’est bien normal.

Aujourd’hui, la parole est donnée à Danièle Dumont, universitaire, chercheuse, auteur, rééducatrice, en un mot experte en pédagogie de l’écriture.

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Il y a tellement à dire sur cette petite lettre !

Précision : les questions-réponses qui suivent ont été posées à Danièle Dumont avant la publication de la première partie de cet article.

Je vous engage à la relire, ainsi que ses commentaires, qui sont d’une grande richesse et qui mettent la lumière sur certains aspects à ne pas oublier.

Marianne, par exemple, nous rappelle que le plaisir de tracer de belles lettres ne doit pas être occulté. La voici parlant de la « petite queue du a » :

« Alors, je me demande en quoi l’élan de la petite barre de départ, le petit bond guilleret, discret, infime, entre le corps du a et sa canne sont un handicap dans l’apprentissage d’une écriture destinée à se fluidifier avec le temps et que j’espère un jour source d’un plaisir… sensuel. N’ayons pas peur des mots. »

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…Ca y est, vous avez relu ces commentaires ?

Passons donc à la partie « technique » de l’étude, avec Danièle Dumont.

La première question que je lui ai posée me trotte dans la tête depuis bien longtemps:

-Une chose m’étonnera toujours : le tracé des lettres n’est pas normalisé, c’est-à-dire qu’on observe plusieurs manières de tracer certaines lettres dans notre pays. Ce n’est absolument pas gênant dans la vie quotidienne, mais c’est un peu déstabilisant pour les enseignants. Qu’en pensez-vous ?
Tout dépend de ce qu’on appelle une norme ou plutôt du critère de définition d’une norme auquel vous vous référez. Mais cela nous entraîne loin trop dans la linguistique au regard de notre échange. Je dirais donc, qu’en principe, à part la présence ou non d’œilletons et leur remplacement par des tiges ou par… rien, il ne devrait pas y avoir des variantes importantes. Mais là non plus, je ne développerai pas ici. En revanche, on peut examiner le cas de certaines variantes observées.

-Prenons par exemple la lettre « a » en cursive. Certains font un rond et y ajoutent une « canne tête en bas », d’autres font un « c » et y adjoignent la même canne. D’autres enfin – dont je fais partie – font tracer le « a » d’un seul geste, sans lever le crayon. 
Effectivement on trouve ces façons de faire, mais ce n’est pas parce qu’on les trouve qu’elles sont adaptées.

« Tracer le « a » d’un seul geste, sans lever le crayon,
est la façon logique de l’écrire »

-En fait, ce qui est le plus important – et je l’ai appris dans votre livre – c’est le point d’attaque, qui va conditionner le tracé du « c », puis du « o », puis du « a », etc…
On peut le dire ainsi.Cependant, ce qui est le plus important c’est de savoir – de comprendre – que le rond est une dérivée de la boucle. Deuxième dérivée puisqu’elle change de point d’attaque (la 1ère dérivée, l’étrécie, boucle rendue très étroite au point de repasser en partie sur le même trait pour redescendre, garde le point d’attaque). Donc la lettre a est tout simplement un rond fermé par une étrécie.
Si pour écrire « a »,  on s’amuse à partir d’en bas comme pour la boucle et qu’on fasse une boucle pour fermer la lettre on peut lire « a ». On voit donc bien que cette lettre est formée des deux dérivées du a.
Si le rond n’est pas attaqué en haut à droite, il est nécessaire de lever le crayon pour finir d’écrire « a ».
Un « c », une levée de crayon et une « canne la tête en bas » correspond au lever de crayon, ou plutôt de porte-plume nécessaire lorsque l’enfant n’arrive pas encore à alléger sa main pour que la plume ne pique pas dans le papier en remontant. Comme nous n’en sommes plus au porte-plume, cette façon de faire n’a plus lieu d’être.
Tracer le « a » d’un seul geste, sans lever le crayon est la façon logique de l’écrire.

-Et ce qui n’est pas évident avec les lettres rondes comme le « a », lors de l’écriture d’un mot, c’est l’arrêt du geste et le placement du crayon à un endroit bien précis, à droite et en haut (mais pas tout-à-fait en haut) de la lettre qui précède…
En fait lorsque le « a » suit une autre lettre on va chercher son point d’attaque en continuant son geste comme si on ne levait pas le crayon sauf qu’on le lève légèrement donc on traverse au-dessus du papier le futur rond du a.

-A ce niveau, il y a bien sûr une différence entre l’écriture enfantine et l’écriture d’un adulte.
Oui et non. Certains enfants gardent longtemps des ronds très ronds, mais d’autres, dès le CE1, ont déjà des ronds plus ou moins ovoïdes (c’est-à-dire en forme d’œuf). Cette forme – qui ne s’apprend pas mais se réalise instinctivement, est particulièrement économique car elle permet de ne pas lever le crayon donc de lier le rond à la lettre précédente sans pour autant faire un crochet. Certains adultes n’adoptent jamais cette forme, ils restent plus près du rond.

Lorsque vous écrivez « la » vous n’écrivez pas
« l » tiret « a » mais bien « la »

-A la maternelle, on parle souvent d’écriture « en attaché » pour définir la cursive. Pourtant, dans votre méthode, vous ne mettez pas la petite « attache » lors de l’apprentissage du « c », du « o », du « a » … pour quelle raison ?
Parce qu’il n’y a pas d’attache à ces lettres. Lorsque vous écrivez « la » vous n’écrivez pas « l » tiret « a » mais bien « la » . ce que vous voyez devant « a » est la fin du « l ». Il n’y a donc pas de raison pour commencer une lettre par la fin d’une autre lettre qui pourrait être devant mais qui, justement, n’y est pas ;).
Pour plus d’information sur les lettres rondes vous trouverez tout un article sur la lettre « o » ici  et sur mon nouveau site en cours de « toilettage ».

Merci Danièle !


Prenez une toute petite lettre, penchez-vous dessus, et vous voyez apparaître un véritable monde d’une richesse incroyable.

C’est intéressant, c’est passionnant, mais restons pratiques : le but de cette série d’articles est de faire le tour du sujet pour pouvoir ensuite déterminer une conduite à tenir dans nos classes. 

Je pensais au départ que deux articles suffiraient, mais force est de constater qu’il y a encore beaucoup à dire avant d’arriver à une conclusion qui nous soit utile à tous.

Rendez-vous donc pour la troisième et dernière (?) partie de ce petit « tour du a ».

Donc : a suivre !

Ceci est la deuxième partie de la petite étude sur la lettre « a ».

La première partie se trouve ici :
https://www.tilekol.org/comment-ecrire-le-a-en-cursive-premiere-partie

Et la « suite et fin » est là :
https://www.tilekol.org/comment-ecrire-le-a-en-cursive-conclusion



   

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