Savez-vous que 30 % des enfants ont une identité numérique avant même de naître, car les parents postent des photos de l’échographie sur les réseaux sociaux ? Que la plupart des parents ne se posent pas la question de l’intégrité numérique de leurs enfants, des conséquences de la publication de ces images ?

.

Cliquez sur l’image pour voir l’enquête. Source : Fairparterie

.

Et si nous nous penchions sur la question, ensemble ?

Je reçois régulièrement des courriers électroniques de la part d’entreprises ou de sites web qui aimeraient bien que je leur mette un petit coup de projecteur sur Tilékol. En général, je leur fais une réponse négative et polie, bien tenté mon ami mais non, désolé !

Mais il y a quelques jours, j’ai reçu un message qui m’a intrigué. Je m’y suis un peu attardé, j’ai cliqué sur le lien et j’ai découvert quelque chose de très intéressant, digne de partage.

Voici donc ce message dans son intégralité, que je publie dans un souci de transparence, avec l’accord de son auteur :

Bonjour,

Une photo, quelle qu’elle soit, ne disparaît jamais avec certitude d’internet. Une fois postée sur un réseau social, difficile de la maîtriser.
Or la nouvelle génération de parents s’avoue accro à internet et ses usages : selon notre étude, 52% des parents sont accros à leur smartphone.

La question se pose alors : comment abordent-ils la parentalité ? Ont-ils conscience de ce qu’est une empreinte numérique et de ce qu’implique la publication d’une photo de leur enfant sur Facebook, par exemple ?

La faireparterie a souhaité savoir quel rapport les parents français entretiennent avec le numérique et a interrogé 1 011 parents d’enfants de moins de huit ans sur le sujet.

Découvrez les résultats sur ce lien : https://www.faireparterie.fr/etude-enfants-rapport-digital/

  • L’étude montre que 30 % des enfants ont une identité numérique avant même de naître, car les parents postent des photos de l’échographie sur les réseaux sociaux
    À 8 ans, près de 80 % des enfants ont déjà eu une photo d’eux postée sur un réseau social
  • 89 % des enfants ont une interaction régulière avec les écrans interactifs
    28 % des moins de 8 ans préfèrent un écran interactif aux jouets traditionnels
  • Enfin, l’empreinte numérique est un sujet tout à fait délaissé des parents – 73 % des parents n’en ont même jamais parlé à leur conjoint(e)

Des experts, dont Serge Tisseron, psychiatre et psychanalyste ont également participé à l’étude pour donner leurs conseils de prévention pour encadrer un meilleur usage des écrans chez les enfants.
Le sujet vous intéresse-t-il ?

Souhaiteriez-vous peut-être partager l’étude avec vos lecteurs ?

Je serais ravie d’avoir un retour de votre part.

Bien cordialement,

Laura Dominici

Rédactrice

…Intéressant, non ?

J’ai demandé à Laura comment une société qui fabrique des faire-parts en était arrivée à réaliser une telle enquête, et elle m’a répondu ceci :

« Nous sommes venus à l’idée d’effectuer cette étude à la base de cette réflexion : combien de parents annoncent la naissance à la fois via un faire-part et via les réseaux sociaux ?
Si les parents annoncent la naissance sur les réseaux sociaux, en est-il de même pour la grossesse ?

Nous nous intéressons de manière générale aux sujets sociétaux et voulions nous pencher sur le rapport des parents – et donc, de leurs enfants, aux écrans.
N’ayant pas les capacités en interne de mener une étude de cette ampleur, nous avons donc fait appel à un institut de sondages pour nous assurer d’obtenir des réponses qualitatives et avons pas la suite analysé les résultats. »

…Belle initiative !

Identité numérique

Commençons par nous mettre d’accord sur le terme « identité numérique ».

Le site netice.fr le définit ainsi :

Votre identité numérique, c’est l’ensemble des informations que l’on trouve sur Internet vous concernant. C’est donc une identité de « données ». Comme dans la vie réelle, l’identité virtuelle est un fin mélange entre « ce que je montre, ce que je cache, ce que les autres perçoivent et ce qui m’échappe ».

Cette définition est extrêmement intéressante, et pourrait donner lieu à des pages et des pages de réflexions philosophiques. Le sujet est très riche.

Prenons le début de la troisième phrase : « comme dans la vie réelle » .

Eh oui, dans la vie réelle, lorsque nous allons dans la rue, en général, nous ne masquons pas notre visage pour que personne ne nous reconnaisse (mettons de côté les considérations religieuses OK ?)

Dans la vie réelle, il y a des moments où nous préférerions être ailleurs, ne surtout pas nous montrer, parce que certaines personnes pourraient se faire une fausse idée de nous-mêmes…

Un ami enseignant, un jour (c’était avant Internet), est parti à une soirée costumée déguisé en guéridon, avec une lampe à abat-jour (allumée) sur la tête, il n’aurait certes pas aimé rencontrer dans la rue ses élèves, leurs parents ou son inspecteur !

Mais… Aurait-il publié une photo de lui, déguisé et éméché, sur Facebook ?

Traces indélébiles et incontrôlables

(Je vais parler ici de Facebook mais Facebook n’est pas Internet, nous sommes bien d’accord, c’est juste un exemple représentatif).

Avec l’essor des réseaux sociaux, tout le monde peut très très très très trèèèèèès facilement publier en ligne toute sorte de contenu.

Le concernant ou pas.

C’est parfois dramatique et donne régulièrement lieu à des problèmes compliqués, des interventions de la justice, voire même des suicides ou des meurtres !

Tout ça pour un simple petit clic de trop qui a eu des conséquences dramatiques…

En ce qui me concerne, je me suis par exemple toujours méfié de Facebook, que je vois comme une hydre maléfique qui cherche à tout connaître de moi, qui se fiche bien de ma vie privée, qui veut me prendre du pognon avant tout en me faisant cliquer sur des liens « optimisés » et qui est totalement hermétique dans son fonctionnement, avec des réglages volontairement compliqués conçus pour me noyer et m'embrouiller…

D’ailleurs, je n’ai pour l’instant pas de profil Facebook à mon nom, je me planque, et ça m’a plutôt bien réussi : dernièrement, j’ai téléchargé l’intégralité de ce que Facebook sait de moi et j’ai eu la bonne surprise de constater que mon « dossier » est quasiment vide.

Certes, certes, Tilékol a sa page Facebook, mais même là, j’ai vraiment du mal à être impliqué et régulier… Désolé pour les amateurs de pouces levés !

Pour vivre heureux, ne vivons pas caché

Et pourtant, foncièrement, Facebook part d’une idée géniale : permettre à tous de communiquer, offrir à chacun une page à son nom, avec sa photo et les informations que nous souhaitons partager avec nos amis et les amis de nos amis…

Et d’ailleurs, c’est ce qui fait son succès !

Des millions (milliards ?) d’humains y partagent d’ailleurs à qui mieux mieux des informations personnelles, qui les concernent mais aussi qui concernent leurs amis, leur famille ou même leurs enfants.

Pourquoi ?

Parce que c’est naturel, tout simplement. C’est humain. Nous avons le social en nous.

Nous avons aussi cette particularité étrange et curieusement peu connue dont je vous parlais ici

Cette particularité est un besoin fondamental, au même titre que la nourriture ou le sommeil.

Le sentiment d’être important

C’est « le sentiment d’être important ».

Ne riez pas, il n’est pas ici question uniquement de l’envie « de se la péter ».

C’est bien plus profond.

C’est ce qui explique par exemple pourquoi, bien trop souvent, certains élèves qui ont toujours été en échec scolaire sombrent dans la délinquance : là, ils ont une compétence reconnue au moins par eux-mêmes… Enseignants, montrez à vos élèves, à chacun de vos élèves, qu’ils sont dignes d’intérêt, à titre personnel. Qu’ils sont uniques. Que vous les voyez réellement, qu’ils ne sont pas que des noms. C’est très important.

Ce sentiment est néanmoins dans la majorité des cas extrêmement positif : c’est lui qui peut provoquer le besoin d’aider les autres, par exemple.

…Ou l’envie de poster sur le web des photos de soi déguisé en guéridon !

Les réticents

Pourtant, certains sont réticents à tout partager sur Internet.

Prenons un exemple au hasard : moi-même. (A vous de décider si en disant ça je satisfais au besoin primitif que je viens de vous décrire !)

Lorsque j’ai commencé ce blog, en 2011, je me suis retrouvé bien embêté, j’avais même un sentiment de malaise, qui a duré des années.

Pourquoi ? Parce que je ne supportais pas de me mettre en avant !

C’est quand même paradoxal : j’étais partagé entre le plaisir de m’exprimer et de partager plein de choses et l’envie viscérale de rester dans l’ombre. Tranquille, peinard. Seul avec mon cartable dans un coin de la cour de récré.

Timidité ? Non, je ne pense pas, je suis plutôt le contraire de quelqu’un de timide.

Simplement, je n’avais pas envie de voir mon nom et ma photo exposés partout. D’ailleurs, si je ne me trompe pas, la seule fois où j’ai publié ma photo, c’était pour cet article mémorable qui a recueilli presque 600 commentaires ! Je ne vous en remercierai jamais assez.

Idem pour Facebook et les autres réseaux sociaux.

Mais pourtant, je suis un grand fan de Youtube, et j’adore voir d’autres humains s’exprimer avec un grand sourire et me raconter tout ce qui leur passe par la tête.

Je me trouve parfois irrationnel.

Allez, je vais vous avouer un truc : c’est en train de changer, étant donné que depuis quelques mois je me suis lancé dans une activité étrange qui implique (à mes yeux en tous cas) une quasi-obligation de s’afficher publiquement, sur le web ou dans la vie.

Mais assez parlé de moi (l’exemple était pourtant intéressant, avec d’un côté une exposition assumée et d’un autre côté une envie instinctive de se planquer).

Venons-en au réel sujet de l’article. L’introduction aura été longue ! Mais indispensable.

30 % des enfants ont une identité numérique avant même de naître

Cliquez sur l’image pour avoir accès à l’enquête.

.

Je vous redonne le lien vers le sondage de la « Fairparterie » :  cliquez.

30% des enfants ont une photo d’eux sur les réseaux sociaux AVANT même d’être nés.

Par quel miracle ?

Tout simplement, la photo qui est postée est celle de l’échographie !

Mais ce n’est pas tout : à 8 ans, 80% d’entre eux ont une photo d’eux postée sur un réseau social !

Et les parents (qui avouent à 52% être « accros » à leur smartphone) ne se posent pas de question particulière à ce sujet.

Tous ? Non.

Ce sondage m’a fait penser à un sympathique couple de jeunes parents de ma connaissance, qui REFUSENT ABSOLUMENT que leurs enfants figurent sur Internet de quelque manière que ce soit.

Même pas sur des pages totalement privées, cryptées, chiffrées, blindées, protégées, inaccessibles.

En quelque sorte, nous passons d’un extrême à l’autre.

J’ai trouvé intéressant de les interroger à ce sujet. Ils s’appellent Nina et Lucas.

Je leur ai posé deux questions :

  • Quel est votre rapport avec votre propre image sur les réseaux sociaux ?

Nina : Ayant travaillé pendant des années dans la communication, même si ce n’était pas pour des organismes très connus, je me suis toujours servi des réseaux sociaux pour faire passer les informations de mes employeurs.

Contrairement a ce que tout le monde croit, je suis sincèrement persuadée que les réseaux sociaux ne sont pas forcement utiles pour les petits organismes. Ils prennent beaucoup de temps et réunissent le plus souvent une communauté léthargique qui n’apporte rien.

Pour moi, les réseaux sociaux sont une grande bulle vide. J’ai moi même un compte Facebook mais je l’ai jamais vraiment alimenté. Dés le début j’ai pensé  que c’était un faire-valoir où les gens ne font que se vanter. Je n’ai pas aimé l’esprit et je ne l’aime toujours pas.

J’utilise un nom d'emprunt et je me google souvent pour vérifier les informations qui sont présentes sur moi.

Lucas est du même avis, il n’a même pas de Facebook. Par contre, il est assez présent sur LinkedIn car les recruteurs ne recrutent maintenant que sur ce réseau.

Quand mes enfants sont nés, j’ai envoyé des photos à mes contacts par courriel et ceux dont je n’avais pas le courriel et bien, tant pis !

Je ne l’ai pas annoncé sur Facebook car la plupart des amis de mon profil sont des gens avec qui j’ai perdu contact depuis longtemps, de manière naturelle. Comme on l’aurait  fait avant Facebook, ce qui renforce chez moi le caractère artificiel des réseaux sociaux.

  • Pour quelle raison refusez-vous que la moindre photo de vos enfants soit sur le web ?

En ce qui concerne les enfants, bien sûr, nous ne mettons pas leur photos sur Facebook et ne permettons à personne de le faire.

Nous sommes les garants de leur intégrité identitaire. Je pense que je leur donnerai la permission de mettre leurs photos, s’ils le veulent a leur adolescence, mais faudrait leur apprendre les effets négatifs de mettre ses photos sur le net, quelles photos mettre…

Je ne me fais pas d’illusion, ils voudront un profil Facebook, a ce moment-là, cela sera leur décision et pas celle de quelqu’un d’autre.

Pour les photos des enfants je les envoie uniquement a la famille et aux amis proches par Whatsapp, courriel et par Dropbox.

Cela m’arrive de donner la permission a l’école d’utiliser des photos de mon fils pour leur communication mais je le fais toujours contrainte et forcée car, ayant été une communicante je sais a quel point c’est dur d’avoir des photos pour illustrer ses propos.

« Nous sommes les garants de leur intégrité identitaire. »

C’est la phase-clé. Les parents sont les garants de l’intégrité identitaire de leurs enfants sur Internet .

A ce moment de l’article, j’avoue que j’aimerais qu’il s’arrête là et que ce soit VOUS qui preniez ma suite dans les commentaires, en expliquant quel est votre avis sur tout ça, parce que franchement, je cale un peu.

J’ai listé rapidement trois points « pour » et trois points « contre », parmi la multitude des arguments qu’on peut avancer dans le domaine.

Pour

  • Certes, les enfants doivent être protégés. Mais en quoi une photo d’eux présente un quelconque danger ?
  • Les réseaux sociaux sont un formidable lieu de partage, et quel plaisir de partager des images de ses enfants à l’attention de la famille, par exemple les grands-parents qui vivent loin, sur des pages privées ou des albums photos protégés…
  • Notre vie est physique et aussi numérique, virtuelle, nous ne pouvons pas changer ça. Plutôt que d’être réticents, nous pouvons embrasser cette deuxième réalité et vivre pleinement sur les deux plans…

Contre

  • Une fois publiée, une photo est très difficile, voire impossible à supprimer. Nous ne pouvons pas savoir à l’avance quel impact négatif aura telle ou telle photo ou telle discussion publique qui nous paraissent aujourd’hui anodines.
  • Une identité numérique peut être carrément VOLÉE par un pirate, qui se fait alors passer pour sa victime, utilise son adresse, sa carte de crédit, etc… Prudence !
  • Quand on est jeune, on aime faire la fête et publier des photos ou des vidéos qui sont parfois extrêmes. On assume quand on est jeune, mais à l’âge adulte ces éléments peuvent devenir une véritable croix à porter…

J’aimerais que, si possible, vous avanciez en commentaire votre propre argument en commençant par le mot POUR ou le mot CONTRE.

A vous de jouer !

 


Follow on Bloglovin