Nos yeux sont précieux, il faut les protéger. Voici un exposé des petites misères que connaissent actuellement mes propres yeux, et certainement les yeux de nombre d'entre vous. 

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Vous allez découvrir les causes physiques du phénomène des yeux secs, ainsi que le moyen simple d'y remédier, dans une certaine mesure. Ainsi qu'une petite réflexion sur la place des écrans de toutes sortes dans nos vies…

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Ile de la Réunion, mercredi 13 novembre 2019, 8h57

Je vais essayer d'écrire cet article en moins de deux heures. Vous allez comprendre pourquoi. 

Habituellement, j'y passe mon mercredi, et je termine en envoyant ma petite lettre aux abonnés. N'oubliez pas qu'ici, nous sommes en avance de trois heures sur l'heure de Paris.

Aujourd'hui, je vais vous parler des yeux et des écrans. Vous me direz, c'est lié. Tout-à-fait.

“Soucis de santé”

Vous avez constaté que les deux derniers mercredis, il n'y a pas eu d'article. Et pour cause : j'ai un souci aux yeux. J'ai traversé une période assez difficile, où je ne pouvais pas rester plus de quelques minutes devant un écran, quel qu'il soit. A l'heure actuelle, ça va un peu mieux, à condition que je ne reste pas plus de trois heures au total devant un écran chaque jour.

Cela m'a permis de faire tourner le petit moteur qui se trouve entre mes deux oreilles, et d'aboutir à quelques conclusions que je vais partager avec vous aujourd'hui.

A ce moment-là de l'écriture de cet article, je m'interroge : je commence par la partie médicale, ou par la partie, disons, philosophique (ce n'est pas le bon mot, mais pour l'instant je n'en ai pas d'autre, je reviendrai peut-être sur ce terme un peu plus tard)…

Commençons par la partie médicale, bien que je ne sois absolument pas médecin. je vais vous expliquer ce que mon ophtalmologue m'a dit, ainsi que ce que j'ai découvert en parcourant le web… devant un écran, on est bien d'accord.

Les glandes de Meibomius

“Meibomius” : quel joli mot, on le dirait tiré d'un film de science-fiction.

En réalité, ce mot vient du nom de celui qui les a découvertes, Heinrich Meibom (1638 – 1700).

Les glandes lacrymales produisent des larmes, les glandes de Meibomus, elles, produisent un corps gras (le meibum), qui va venir se mêler aux larmes. Etant donné que l'eau et l'huile ne se mélangent pas, l'huile va se mettre en surface, et donc empêcher aux larmes de s'évaporer. La nature est bien faite, vraiment.

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Ces minuscules glandes se trouvent au niveau des paupières inférieures et supérieures. Le corps gras est expulsé par des tout petits orifices placés de manières régulière tout au bord des paupières.

Et il arrive que ces glandes se bouchent, ce qui est mon cas.

Symptômes : un oeil (ou les deux) qui se met subitement à avoir mal comme s'il était piqué par une épingle… Yeux secs, comme s'ils… manquaient d'huile (ce qui est le cas) et qu'ils étaient tout rayés (ce qui n'est pas le cas). Sensation d'avoir du sable dans les yeux. Réveil au milieu de chaque nuit avec la sensation que les yeux ont été remplacés par des raisins secs sortant du four (c'est la meilleure image qui me vienne à l'esprit)…

Bref, problème.

Je ne sais pas si c'est le cas chez vous, mais ici à la Réunion, c'est la galère pour avoir un rendez-vous chez l'ophtalmo. Il y a deux ans, après de multiples tentatives par téléphone, j'ai fini par voir un de ces spécialistes. Par charité, je n'indiquerai pas son nom ici.

09h27 : mon minuteur vient de sonner, fin du premier Pomodoro, je m'accorde 5 minutes de pause et je reviens.

09h32 : me voilà de retour. 

Ce monsieur très sérieux m'a dit doctement que je ne buvais pas assez (d'eau) et que j'étais déshydraté. C'est tout ? c'est tout. Quelques gou-gouttes (totalement inefficaces) histoire de remplir une ordonnance, et au revoir, au suivant.

S'en sont suivis deux ans de souffrance (je n'éxagère pas), la seule chose qui me soulageait un peu consistant à m'appliquer sur l'oeil, deux fois par jour, de la pommade à la vitamine A. Oui, de la pommade sur les globes oculaires.

Il y a une quinzaine de jours, n'en pouvant plus, je suis carrément allé me présenter chez un autre ophtalmo, un vrai celui-là, qui a vu ma tête et m'a pris entre deux patients (un grand merci, ainsi qu'à sa secrétaire qui est intervenue en ma faveur).

Petite observation, puis verdict : glandes de Meibomus complètement bouchées, obstruées, un peu comme si l'huile s'était transformée en cire de bougie acide, avec comme conséquence une évaporation ultra-rapide des larmes, et aussi, d'après ce que j'ai compris, une dégradation de la vascularisation de mon oeil droit provoqué par l'acide qui se dégage dans mes yeux ! (J'ai également d'autres bricoles, dont une surtension du liquide intra-oculaire pouvant aboutir à un glaucome et à la cécité, une paille !)

D'après le médecin, la cause de ce souci ne vient pas des écrans en eux-mêmes (je suis un peu dubitatif à ce propos), mais la conséquence aboutit à l'impossibilité de rester confortablement devant un écran. 

Une des causes, semble-t-il quand même, étant l'absence de clignement des yeux (ou un clignement incomplet) lorsqu'on est hypnotisé par son écran… Au bout de plusieurs années de ce traitement, les conséquences apparaissent…

Ça se soigne ?

Oui, de manière mécanique, et c'est d'ailleurs assez amusant :

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    On commence par faire chauffer les paupières jusqu'à la température de 41 – 42 °C, en y appliquant une compresse chaude pendant une dizaine de minutes. Il existe des masques qu'on trouve en pharmacie et qu'on fait chauffer au micro-ondes, on peut aussi prendre une chaussette et la remplir de riz (pas de riz cuit !) et la placer là aussi au micro-ondes. Cela a pour conséquence de ramollir le corps gras, de le fluidifier. Ensuite, on se masse les paupières assez violemment, “faut que ça sorte !”, de manière à évacuer les petits bouchons cireux. Enfin, très important, il faut se nettoyer les yeux avec un liquide spécial (ou de l'eau avec un peu de shampoing doux) pour les laver de tous les corps acides qui se sont dégagés dans l'opération.

Et ça marche ?

Oui !

Progressivement, je commence à aller mieux, mais je me réveille quand même toutes les nuits avec les yeux en feu.

Si vous aussi vous avez les yeux qui vous brûlent parfois, vous connaissez maintenant la recette.

Amis enseignants, vous pouvez parler de ce phénomène à vos élèves, mon petit doigt me disant qu'ils auront un gros risque d'être impactés par ce phénomène dans leur vie, ne me demandez pas pourquoi 🙂

Le CHU a édité un excellent document PDF qui donne plein de détails sur cette “maladie”.

Les yeux et les écrans

Passons maintenant à la deuxième partie de cet article.

Une petite réflexion sur les rapports que nous entretenons avec les écrans dans notre société numérique ultra-connectée.

09h58 : fin du deuxième Pomodoro. Je suis à la moitié du temps que je me suis fixé pour rédiger cet article. Ça ne va pas être évident à tenir…

10h03 : c'est reparti. Banzaï.

Il ne faut pas croire que seuls les membres de la “génération Y”, nés entre1980 et 1985, sont à l'aise avec l'informatique et se collent le nez devant un écran.

Je fais partie des “baby-boomers” (né en 1960, quelle belle année) et il y a plus de 30 ans que mes yeux fréquentent quotidiennement les écrans. J'ai eu la chance de m'intéresser à l'informatique très tôt, et donc j'ai pu suivre avec passion et étonnement des événements aussi délirants que l'arrivée d'internet (oui, il y avait un avant !) ou la naissance de Google (je me souviens parfaitement avoir découvert ce nom étrange dans un article de journal parlant du moteur de recherche tout nouveau créé par deux étudiants : je l'avais essayé et ma mâchoire en était tombée !)

J'ai aussi vécu les incroyables progrès techniques qui ont été réalisés pendant cette période.

Et donc, pendant au moins 20 ans, je me suis bousillé les yeux sur les écrans, cathodiques puis “plats”, remplis d'énormes pixels, avec du texte tout crénelé, qui m'ont sérieusement agressé les rétines. Merci Apple d'avoir lancé les écrans “Rétina” qui ont quand même changé la donne !

Et aussi, progressivement, avec la numérisation de nos vies, j'ai pu voir l'avancée inexorable de l'omniprésence de ces écrans.

Et aujourd'hui, avec cette obligation qui m'est faite de limiter mon exposition, je me rends compte que, vraiment, leur place est devenue trop importante.

Communiquer, correspondre avec les autres, s'informer, se former, se distraire, accomplir des obligations administratives, tous les moyens sont bons pour se coller un écran, petit, moyen ou énorme, devant les mirettes…

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Le film “Wall-e” était prophétique !

Peut-on parler d'addiction ? Pour de nombreuses personnes, c'est le cas.

Mais vouloir s'informer, se former, communiquer, ce n'est quand même pas une addiction !

D'une certaine manière, je suis assez content d'avoir ce souci aux yeux.

Parce que désormais, j'évite au maximum le “non-temps” passé à ne rien faire devant un écran. Je me surveille, et je me rends compte que Parkinson avait bien raison lorsqu'il a édicté sa loi, qui dit grosso-modo que toute tâche utilise pour être effectuée l'intégralité du temps qui lui est alloué.

10h28, fin du troisième Pomodoro. Repos. 

10h33, c'est reparti.

Il me reste une demi-heure pour terminer cet article, l'illustrer, le mettre en forme, le publier.

Je vais donc appliquer la loi de Parkinson et foncer pour finir dans les temps !

    La “vie réelle” est si belle… La “vie numérique” est si prenante… La “vraie vie” consiste certainement à établir un équilibre conscient entre vie réelle et vie numérique. Sous peine de réels dégâts, et pas uniquement oculaires.

Les géants du numérique incluent maintenant dans leurs appareils des applications qui mesurent le temps passé devant les écrans et qui nous alertent lorsque nous exagérons. Excellente initiative.

En conclusion, je dirais ceci : écoutons notre corps, il sait nous alerter quand nous le poussons dans ses extrémités.

Et si vous aussi vous sentez de temps en temps que vos yeux sont secs, débouchez-vous vite les glandes de Meibomius, vous savez maintenant comment faire !

11h17 : article terminé ! Un clic est il est en ligne…