C‘est un petit appareil qui tient dans la main. Dans la poche. Dans le sac. C’est une fenêtre ouverte sur l’univers visible et virtuel. C’est une révolution. C’est un sésame. C’est un symbole. Celui du bouleversement que connaît actuellement l’humanité.

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Mais… prenons garde. Il peut mordre.

Un marteau est un outil très utile : il permet d’enfoncer des clous, d’assembler des planches, d’accrocher des tableaux au mur.

Mais si vous l’utilisez pour vous taper sur la tête, il devient un objet dangereux.

Un smartphone est un outil fabuleux. Mais est-il pour autant sans danger ?

Bien entendu, personne ne se tape sur la tête avec un smartphone (ni avec un marteau, d’ailleurs).

Mais attention : nombreux se tapent dans la tête, directement sur la cervelle, à grands coups de smartphones et de tablettes.

L’addiction au numérique n’est pas une légende.

A l’heure où les usages lié au numérique sont recommandés, promus, voire exigés des enseignants, par la hiérarchie, il est peut-être temps de se poser quelques questions…

Deux précisions en ce début d’article :

  • Je ne suis pas l’ennemi du numérique à l’école, bien au contraire : si vous découvrez ce blog, parcourez-le, vous constaterez par vous-mêmes.
  •  Je vais en grande partie répéter ici ce que j’avais écrit dans une série d’articles publiée pendant l’été 2014 et que je vous encourage à lire.

Mais alors, pourquoi répéter encore les mêmes choses ?

  • Parce que la répétition est la base de la pédagogie.
  • Parce que j’ai lu récemment quelques articles qui m’ont fait froid dans le dos et que je voudrais partager ici ce que j’ai lu.
  • Parce que les années passent, et que ce qui était au départ une intuition, une questionnement de quelques rabat-joie est en train de devenir un problème de santé publique majeur.
  • Parce que je n’ai pas la sensation d’une prise de conscience généralisée.
  • Parce que je n’ai pas la sensation d’une prise de conscience sérieuse au sein de l’Education nationale.

C’est du vécu

Voici quelques petites observations effectuées auprès d’un échantillon limité de population : mon ancienne école maternelle.

Pourquoi est-ce intéressant ? Parce qu’on y rencontre des adultes, des enfants jeunes, ainsi que des parents de ces enfants jeunes.

Tout ce qui est décrit ici est authentique et banal.

Poussette et tablette

Une maman vient inscrire sa fille en petite section pour la rentrée suivante.

L’enfant a donc trois ans.

Elle est obèse, installée dans une poussette trop petite pour elle, tient dans ses mains une tablette éteinte, ne dit pas un mot et lance un regard menaçant à toute personne semblant s’intéresser à ce qu’elle tient entre les mains.

Smartphone et hurlements

La secrétaire de l’école (une personne remarquable, sérieuse, dévouée et compétente) a son fils en petite section.

Lorsqu’il est avec sa mère (par exemple avant l’accueil du matin), il EXIGE de prendre le smartphone de sa mère et de jouer avec.

Si elle ne le lui donne pas immédiatement, il se met à hurler. Elle le lui donne immédiatement.

A chaque fois.

SMS frénétiques

Une autre secrétaire de l’école. (Je n’en avais pas plusieurs en même temps, elles se succédaient en « contrats courts »).

Elle utilisait chaque seconde libre pour envoyer et recevoir des textos. Sans aucune pause. Constamment. Avec avidité. Avec mes collègues enseignants, nous nous demandions avec qui elle pouvait ainsi communiquer.

Parallèlement, c’était une excellente secrétaire, très sympa, très professionnelle, prenant son travail à coeur. Entre deux SMS.

iPhone 3G

Le smartphone qui a tout révolutionné a été l’iPhone.

Lorsque j’ai reçu le mien (c’était le modèle 3G ou 3GS, je ne sais plus, je pense que c’était en 2009), j’ai moi-même plongé dedans la tête la première.

Dès que la récré sonnait, je le sortais de ma poche et je relevais ma messagerie (à l’époque, il n’y avait pas encore le « push ».) A midi, je relevais ma messagerie. Avant de partir, le soir, je relevais ma messagerie.

Mes collègues se moquaient de moi gentiment et elles avaient bien raison.

Lorsqu’elles ont eu à leur tour leur smartphone, elles se sont mises à faire exactement pareil.

Le monde dans la poche

Je lis régulièrement ce genre de remarques en commentaires d’articles de présentation du « dernier smartphone à la mode » :  » Mais c’est complètement débile de mettre autant d’argent dans un téléphone ! ».

Mais c’est qu’un smartphone n’est pas un téléphone.

Un smartphone est une fenêtre portative donnant directement sur un univers parallèle, une autre dimension, une galaxie toute entière qui s’appelle « le monde numérique ».

Ce monde numérique n’a pas de limites, ou plutôt repousse ses frontières chaque jour, y compris dans notre monde physique.

Exemple au hasard : avant-hier, lundi 22 janvier 2018, Amazon ouvrait à Seattle le premier supermarché sans caisse : vous entrez, vous vous identifiez avec votre smartphone, vous vous servez, et vous sortez, tout simplement : la technologie, les caméras et l’intelligence artificielle savent ce que vous avez pris et vous facturent directement sur votre compte Amazon.

Pas de queue, pas de caisse, pas d’attente. Vous vous servez et vous partez.

Une des fonctions du monde numérique parmi d’autres : accéder à tout le savoir de l’humanité à la demande et en quelques secondes.

Pas mal, mais encore une fois, ce n’est qu’une des fonctions de l’objet.

…Comment ne pas être fasciné par cet objet surnaturel !

…Comment ne pas en faire son « doudou » !

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Gare aux dégâts !

Regardez cette vidéo : elle ne dure que 30 secondes.

Vous y voyez un homme qui (quelle drôle d’idée) a décidé de mordre la batterie de smartphone qu’il va acheter.

Elle lui explose à la figure !

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Franchement, cette petite vidéo est une allégorie parfaite du monde du numérique : si nous l’utilisons n’importe comment, nous devenons des victimes.

Plus grave : si nous l’utilisons n’importe comment, nos enfants en deviennent les victimes, et c’est très grave, parce que les enfants deviennent des adultes.

Et une génération d’adultes-addicts coupés du monde réel errant comme des zombies, ça fait froid dans le dos.

Héroïne numérique

Faisons une simple recherche sur Google avec les mots-clés « numérique addiction enfants ».

A ce moment-là de la rédaction de cet article, je me suis rendu sur Google pour faire la recherche avec vous, et voilà que je tombe sur une vidéo mise en ligne il y a quelques jours.

Il s’agit de la retransmission d’une émission d’Envoyé Spécial » qui s’intitule « L’addiction aux écrans : « héroïne numérique » » !

Je suis en train de l’écouter tout en rédigeant ces lignes…Elle est édifiante.

Je vous encourage VRAIMENT à en visionner au moins les premières minutes.

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Extraits des dialogues de la vidéo :

Un médecin reçoit une maman qui s’inquiète du comportement de son enfant :

« Dès qu’il voit mon téléphone posé, il y va tout de suite ».

« Est-ce qu’il va tout seul sur youtube ? »

« Oui. Je ne vous cache pas qu’il regarde ça au moment des repas ».

« Est-ce que vous connaissez les effets des écrans sur les tout-petits ? »

« Vaguement ».

« Est-ce que vous voulez mon avis ? Votre petit garçon est en difficulté (…) et c’est probablement à cause des écrans ».

« Je me dis que c’est de ma faute ».

« Mais non, ce n’est pas de votre faute. »

« J’ai dû rater quelque chose. Je ne savais pas que les dégâts étaient si importants ».

« Tous les jours, je vois des enfants comme ça. »


« Il ne peut plus s’en passer. Il a un mal-être intense, comme un drogué à qui on enlève sa dose »


La suite de la vidéo traite de la dopamine, je vous en parlais dans la série d’article de 2014. je suis bien content d’en avoir la confirmation par un scientifique.

L’écran connecté est une pompe à dopamine.

Le cortex frontal rétrécit si vous passer trop de temps devant les écrans ! Et le lobe frontal est la partie du cerveau utilisée pour la pensée !

Les dégâts se voient clairement en faisant un scanner du cerveau !

Les images du cerveau sont les mêmes que celles rencontrées chez les autistes ou les personnes bipolaires !

Et concernant la dopamine (hormone de la récompense), lorsque sa production est activée (par exemple en constatant qu’on a reçu des « like » sur les réseaux sociaux), la partie du cerveau qui est impactée est la même que dans le cas des addictions à l’alcool et aux drogues…

D’ailleurs, en parlant de réseaux sociaux, je suis tombé sur un article assez hallucinant, dans lequel on explique que certains ex-cadres de Facebook ressentent une « immense culpabilité » pour ce qu’ils ont aidé à construire !

Eux savent le mal qu’ils ont fait.

Autre fait étonnant : en Allemagne, dans les crèches, on demande aux parents de regarder de temps en temps leur enfant dans les yeux ! Parce qu’ils ne le font pas, enfermés dans leur bulle numérique !

J’arrête là l’énumération, je suppose que vous avez compris ce que je voulais dire.

Le rôle de l’école

Allons plus loin que le simple objet-smartphone.

L’école a – devrait avoir – un rôle absolument central, vis-à-vis des enfants ET des parents.

L’école est LE lieu adapté pour l’éducation au numérique, parce que sinon personne le le fera.

L’humanité est en train de changer, d’évoluer, de muter à grande vitesse. L’école doit en être consciente et s’adapter : pas le choix !

BIEN SÛR qu’il est indispensable d’éduquer au et par le numérique, encore faut-il laisser tomber l’angélisme et le faire correctement. C’est vital.

Je vous disais en début d’article que j’allais répéter ce que je disais dans ma série de 2014.

Je vous le confirme, en reprenant la même conclusion : je me demandais à l’époque quelles seraient les trois règles d’or à appliquer sans fléchir dans ma classe de maternelle, vis-à-vis de l’univers numérique.

Je les avais définies, et je pense que je ne m’étais pas trompé.

Ce sont celles-ci :

1/ Je n’utiliserai jamais les outils numériques au détriment des manipulations physiques. Ma classe est un sanctuaire de pâte à modeler, de gouache et de jeux symboliques !

2/ Je privilégierai toujours les applications favorisant l’expression et la création de contenu sous toutes ses formes. Je traquerai et j’éliminerai sans pitié les jeux addictifs.

3/ Je n’oublierai pas d’utiliser l’outil numérique pour communiquer, que ce soit au sein de ma classe, au sein de mon école ou vers l’extérieur. Je chercherai l’outil le mieux adapté à la communication avec les parents de mes élèves.

Voilà un article qui paraît bien sombre, assez différent de ce que j’ai l’habitude de vous proposer, où l’enthousiasme est de rigueur.

Là, je vous dis : soyez en alerte. Soyez attentifs.

Messieurs-dames les IEN, recteurs, ministres : avec tout le respect que je vous dois, vous ne pouvez pas échapper à vos responsabilités. Elles sont immenses. Vous avez l’avenir de l’humanité entre vos mains. Vous devez agir. Ne vous focalisez pas uniquement sur l’équipement des établissements en outil informatique. Ce n’est qu’une partie du problème. Prenez en compte la réalité de la révolution numérique dans tous ses aspects, mêmes ceux qui dérangent.

Amis enseignants, votre rôle est d’une importance capitale.

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