L‘informatique n’est jamais une science figée. Elle est en perpétuel mouvement. Ca bouge tout le temps, au gré des progrès techniques mais surtout, surtout, au rythme des idées qui naissent, éclosent, explosent dans les cerveaux fertiles des créateurs. Aujourd’hui, je vais vous présenter Emmanuel, un développeur qui a vraiment une approche originale.

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Il crée des applications éducatives. Qui ont quelque chose de différent. Réellement. Venez voir…

En matière de numérique éducatif, je ne prétends pas détenir la vérité, mais les conclusions que j’ai tirées de ma réflexion estivale (ici, ici, ici et ) me sont maintenant bien utiles dans ma manière d’appréhender les nouvelles technologies dans ma classe de maternelle.

Je pense réellement qu’il faut se méfier des applications de deux types :

  • Celles qui comportent des éléments qui ne sont tout simplement pas exacts, ou qui sont exacts aux USA, par exemple, mais pas en France. Ou qui sont faites par des gens qui ne maîtrisent pas le sujet. On en trouve beaucoup dans le domaine de l’écriture, entre autres.
  • Celles qui ont une approche « addictive », et qui, avec des sons acidulés et des images aguichantes, vont contribuer à transformer de jeunes enfants en petits dépendants qui vont devenir « accros » aux aspects les plus néfastes de la consommation numérique.

C’est pour cela que lorsque j’ai découvert certaines des applications (pour iPad) écrites par Emmanuel Crombez, j’ai eu envie de le contacter et d’essayer de comprendre quel était son mode de fonctionnement, parce que vraiment, il utilisait la tablette d’une manière très subtile.

Si j’osais cette comparaison, ses applications ressemblent à des petits plats que chacun se prépare à l’aides des ingrédients qu’il nous fournit, alors que tant d’autres sont plus proches du « hamburger industriel surgelé à placer dans le micro-ondes ».

Je vais commencer par vous montrer un exemple précis : son application appelée « Fais comme moi ». Vous allez tout de suite comprendre. Puis je vous présenterai quelques extraits de la longue conversation par Skype que nous avons eue.

« Fais comme moi »

C’est une application d’entraînement à l’écriture.

Je ne sais pas si vous vous en souvenez, mais j’avais parlé de « ABC Lettres Cursives » sur Tilékol en 2012. C’était quasiment la première application créée par Emmanuel, et elle illustrait bien la complexité générée par la diversité des tracés possibles.

Avec « fais comme moi », tout devient simple…

Au lieu d’imposer des modèles de graphies, elle vous permet d’apprendre à vos élèves à tracer des lettres (et des groupes de lettres, et des mots) selon le modèle que vous aurez choisi ET créé vous-même, directement sur l’iPad.

Une courte vidéo vous explique tout :

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Cette approche n’est pas due au hasard.

Elle est le fruit de l’expérience et de la communication qu’Emmanuel entretient avec de vrais enseignants, qui lui font des suggestions, lui donnent des conseils, lui permettent de peaufiner ses petits programmes.

Une collaboration avec les « pros »

Parce qu’Emmanuel n’est pas enseignant lui-même, mais au fil des années il s’est spécialisé dans les applications « pour les profs » (et également pour d’autres professionnels de la petite enfance, comme les orthophonistes).

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Emmanuel en compagnie de son emblème, la petite abeille d'ABC-Applications

Emmanuel en compagnie de son emblème, la petite abeille d’ABC-Applications

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Il nous raconte comment cette collaboration s’est mise en place (extraits) :

Tout a commencé avec l’application « ABC Lettres Cursives » :

« La façon dont je travaille est très simple : je ne suis pas dans le domaine au départ, j’ai commencé sur iPad un peu par hasard, parce que je me suis dit que c’était un outil parfait pour écrire. Et à cette époque-là, il n’y avait pas une seule application qui faisait de la cursive « à la française ». Il y avait des applications américaines qui faisaient des lettres en script. Cela ne s’adressait pas aux élèves français.

J’ai créé « ABC Lettres Cursives » en pensant à mes enfants (j’en ai trois) et avec mes souvenirs d’école, concernant le tracé. Et j’ai été contacté par un professeur qui m’a dit « vous faites n’importe quoi, ce n’est pas comme ça qu’on enseigne l’écriture« . Bon. Je lui ai dit « très bien, dites-moi comment faire« . Il m’a indiqué les lettres correctes, et j’ai mis l’application à jour. Et j’ai été contacté par un autre professeur qui m’a dit « mais ça, c’est Old School, ce n’est pas comme ça qu’on fait ! »

Et c’est comme ça que ça a commencé. J’ai eu douze personnes à la suite qui m’ont dit « ce n’est pas comme ça qu’on fait !« . Alors, au lieu de prendre parti, j’ai décidé d’inclure toutes les approches dans l’application.

Par exemple, pour la version « belge », j’ai été contacté par la présidente des graphothérapeutes belges. Elle m’avait dit « mes patients sont arrivés avec votre logiciel à mon cabinet, et ça ne va pas du tout. » J’ai donc inclus la version « belge » suite à ce contact ! »

 « J’aime bien créer des applications »

« Sur iPad, j’ai quatre-vingts applications. Sur iPhone, je dois en avoir trente-quatre.

J’aime bien créer des applications. Je n’aime pas celles qui sont trop complexes, ni celles qui font « tout ». Je ne trouve pas ça propre. Je viens du monde Unix, et dans le monde Unix, une application fait une seule chose. Dès que vous faites une applications qui veut trop en faire, vous devez enlever de la complexité, paradoxalement. Et votre interface devient incompréhensible.

Lorsque quelqu’un me demande de faire une application trop complexe, j’en fais plusieurs. Sinon, ça devient vite une usine à gaz.

Je travaille seul : programmation, dessins, tout est de moi. Mais le contenu n’est pas de moi. Quand les gens me contactent et me disent « j’ai un besoin », je leur dit OK, mais vous faites le contenu, parce que ce n’est pas mon métier. »

« Android »

« Je ne travaille pas du tout pour Android, pour plusieurs raisons.

Une des raisons est que c’est en langage Java et que je déteste le Java. C’est un langage très aimé des universitaires, qui a été poussé par un lobbying d’une grosse boîte américaine. Mais ce n’est pas un produit très efficace. Je n’aime pas du tout.

En plus, j’ai commencé sur iPad quand Android ne faisait pas de tablettes, et la formation m’a pris six mois. Il faudrait que je fasse un effort de programmation de six mois pendant lesquels je ne développerais pas pour le reste. Et selon les statistiques que j’ai pu avoir, il y a certes deux fois plus d’Android que d’iPad mais au niveau chiffre d’affaires, Android c’est dix fois moins que l’iPad. C’est bon pour une grosse boîte qui cherche à avoir des parts de marché, pas pour moi, qui suis auto-entrepreneur…

Bien sûr, si demain l’Education Nationale Française vient me voir et me demande de traduire mes applications sur Android, je m’y mettrai… »

 

Portes ouvertes à Emmanuel sur Tilékol

J’ai eu avec Emmanuel une conversation par Skype de plus d’une heure. Je ne peux pas tout mettre ici. Mais nous en reparlerons. Parce que son approche est excellente, et aussi parce qu’il est en train de travailler sur un projet très original, ambitieux, et qui devrait donner une grande valeur ajoutée supplémentaire à l’iPad, que ce soit au sein d’une classe ou dans les familles.

Pour tout vous dire, j’ai décidé d’ouvrir largement les portes de Tilékol à Emmanuel. J’aimerais qu’il s’y sente chez lui. Et pourquoi pas collaborer à mon tour avec lui, pour voir quelles applications « tilékoliennes » pourraient voir le jour :-)

En attendant, je vous invite :

Voilà. Merci Emmanuel, et à bientôt !

 

 

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