La vie n’est pas un long fleuve tranquille… C’est un voyage, avec des routes qui bifurquent, des chemins qui se croisent, des destinations qui changent. Vous commencez comme institutrice en maternelle, et vous voilà tout-à-coup auteur reconnu qui, grâce au web, a réussi une reconversion inattendue. Cette histoire est forcément intéressante, assez en tous cas pour demander à Nanoug – parce que c’est d’elle qu’il s’agit – de nous la raconter, de nous faire un peu rêver, et de nous donner envie de faire comme elle…

Ecrire un livre… Quelle idée saugrenue. Quelle belle idée. Et plusieurs livres ?

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« Ose ta vie », c’est la devise de Nanoug, qu’elle applique avec bonheur au quotidien…

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Oser sa vie… quelle idée saugrenue. Quelle belle idée. Et plusieurs vies ?

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Interview de Nanoug, 4 juin 2013

« J’ai toujours aimé écrire »

Bonjour Nanoug. Depuis que tu as pris ta retraite, tu enchaînes la publication de livres pour enseignants. C’est une nouvelle vocation ?

Une vocation, je ne sais pas ! Un plaisir, certainement !
J’ai toujours aimé écrire, que ce soit des poèmes depuis que je suis petite ou les fameuses rédactions en primaire, les dissertations plus tard, les dossiers pédagogiques à l’école normale ou encore des écrits plus personnels comme un petit cahier à chacun de mes enfants où je m’adressais à eux pendant ma grossesse et jusqu’à leur petite enfance.
Ecrire m’apaise, écrire est souvent plus facile pour moi que dire, écrire permet de relire et de garder mes pensées éphémères.
Ecrire me permet aussi de structurer mes idées, mes projets et j’étais souvent la  » maîtresse désignée d’office » pour les comptes-rendus de toute sorte ou la rédaction des projets dans mon école.
Je n’avance pas si je n’écris pas clairement ce que je pense, ressens, prévois, envisage…
Alors mes bouquins représentent un peu cette nécessité de poser clairement mes idées afin de pouvoir les réaliser… Est-ce une vocation ? Je dirais plutôt un plaisir et une nécessité.

« Cela s’est fait un peu par hasard »

As-tu connu des difficultés pour te lancer ? Par exemple d’ordre technique ou administratif ? Je suppose qu’il faut apprendre un nouveau métier…

Cela s’est fait un peu par hasard. J’ai acheté un jour, l’ouvrage d’une collègue instit, qui m’a menée sur le site The Book Edition et j’y ai découvert le principe de l’auto-édition.
Avoir entre les mains MON livre ? Sans avoir à passer par le jugement et le tout-pouvoir d’un éditeur, cela me convenait parfaitement.
Alors juste pour le plaisir de voir imprimés sur papier dans un vrai livre, mes poèmes et mes toiles, j’ai créé « Les Tabloèmes de Nanoug ». Je me suis lancée. J’en ai vendu très peu mais j’étais ravie d’avoir fait ce premier livre !

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L’expérience de partage sur mon blog « Le tour de ma classe » a été le déclencheur de mon premier livre « pédagogique ». En constatant la soif de demande des jeunes collègues en manque d’idées ou d’expérience, je me suis dit que je pourrais peut-être partager aussi des documents que j’avais créés au fil de mes années en maternelle.
J’ai alors eu l’idée de réunir les petites comptines de l’alphabet que j’avais inventées pour mes élèves, dans un livre que je pourrais proposer à mes collègues.
Ces comptines, imprimées d’abord sur de belles feuilles de dessin et illustrées patiemment à la peinture, plaisaient beaucoup aux enfants et atteignaient leur but : faire mémoriser le nom des lettres de l’alphabet.
Pourquoi ne pas tenter l’expérience de le diffuser ?

J’ai appris au fur et à mesure

Je verrais bien le résultat … Cela rendrait service au moins à quelques-uns… Et si ça ne marche pas, j’aurais au moins un autre livre utile dans ma bibliothèque, quand même plus « class » que mes feuilles dans une chemise en carton ! Alors j’ai tenté.
Et ça a marché ! Au-delà de mes espérances !
Alors j’ai continué, en exploitant à chaque fois des outils que j’avais pu inventer, tester positivement, dans le but d’en faire profiter ceux qui en auraient besoin…
Alors les difficultés techniques ? J’ai appris au fur et à mesure à manier Word, Photofiltre, Picasa… J’ai pris plaisir à expliquer le plus clairement possible tout en restant juste une instit de terrain et pas un écrivain professionnel.
Et surtout en proposant une expérience, comme je l’ai vécue, amenée, testée et approuvée au sein de ma classe. Je propose un outil, pas une vérité ni une théorie vérifiée scientifiquement.
Côté administratif, il a fallu faire quelques « réglages » en créant ma micro-entreprise pour être dans le cadre de la légalité (ce qui n’est pas le plus simple ni le plus agréable dans l’aventure !)

Qu’aimes-tu dans l’écriture d’ouvrages pédagogiques ?

Comme je l’ai dit plus haut, j’aime « poser » clairement mes idées. J’aime que ce soit synthétique mais aussi explicite, facile à lire, concret, utilisable pour moi d’abord s’il s’agit de mon projet, pour les autres ensuite s’il s’agit d’un projet de cycle, d’école ou autre.
J’ai besoin d’un outil clair pour savoir où je vais.
Le plaisir est décuplé quand il s’agit de partager cet outil avec des collègues.
J’essaie de toujours penser à ce que j’aimerais trouver dans un tel ouvrage, à ce qui serait le plus utile, le plus simple aussi pour moi et pour les enfants.
Car je sais à quel point nous manquons de temps pour tout faire, tout construire, tout planifier…
Je sais comme un petit détail aussi, peut faire la différence dans l’utilisation aisée d’une fiche par exemple.
Donc rigueur, clarté, efficacité, sont mes repères et j’écris mon livre comme s’il était ma « préparation » sur laquelle m’appuyer et avancer en toute quiétude.

J’ai été une instit confrontée à la réalité de la classe

Je suis toujours surpris de voir à quel point ton approche est concrète et finalement bien différente de celle des grands éditeurs nationaux…

Sûrement parce que j’ai été une instit confrontée à la réalité de la classe, avec ses problèmes d’effectifs, de matériel souvent restreint, de manque de temps, de différences sociales, culturelles etc…
Les grands éditeurs n’ont peut-être pas ce « vécu » quotidien où l’on évolue dans le concret, où les enfants ne sont pas des données théoriques mais des petits êtres remuants, changeants, surprenants, en soif d’apprendre, qu’il faut sans cesse écouter, observer, encourager, surprendre à notre tour …tout en gardant en point de mire nos objectifs.
Qui n’a pas vu une belle séquence bien ficelée, prise dans un livre respectable et recommandé, tomber en miettes en deux minutes chrono parce qu’un des enfants n’a pas eu la réaction prévue par le livre ? Il est des petits détails concrets qui ne s’apprennent que sur le terrain et qu’on ne peut appréhender si on ne les a pas vécus.
C’est peut-être ça l’ approche « concrète » dont tu parles .
Ceci dit, il existe de nombreux ouvrages pédagogiques chez les grands éditeurs nationaux, très bien faits et fort utiles.
J’espère seulement que mes outils leur viennent en complément !

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As-tu une technique de travail particulière, une organisation spéciale ? Par exemple, planifies-tu longtemps à l’avance tes publications, ou bien ressens-tu une sorte d’urgence lorsque tu te lances sur un sujet donné ?

Ça va peut-être te surprendre mais c’est souvent en me réveillant que j’ai une idée qui s’impose, qui prend sa forme globale avec ses grandes lignes, comme si mon cerveau avait déniché ça pendant mon sommeil…

Ca ne me surprends pas du tout, il m’arrive régulièrement de me réveiller subitement en pleine nuit avec une nouvelle idée, de me lever et d’aller la noter sur un bout de papier avant de me recoucher et de me rendormir aussitôt… Revenons à tes idées…

Je ne cherche pas l’idée, elle vient toute seule.
Et après, je n’ai qu’une envie, me mettre à l’écrire, à la développer, à la mettre en forme pour la faire naître sur le papier ! Tu as trouvé le bon mot : « une urgence » !
Je n’ai pas de plan préconçu. Je travaille au coup par coup mais à fond ! Il m’arrive de travailler toute la nuit si je suis prise par mon sujet, puis, quand la tâche est terminée, de ne rien écrire pendant des semaines, jusqu’à la prochaine idée.

J’entends déjà ta question : ma prochaine idée ?
Je ne la connais pas. Elle est sûrement là au fond de ma tête, parmi mes expériences de classe, et elle ressurgira quand il sera l’heure.
Patience…

Ton dernier « pack » fait beaucoup parler de lui dans les écoles. Lorsque je l’ai découvert, j’ai eu un genre de choc, je me suis dit « bon sang, mais c’est bien sûr ! ». Peux-tu nous raconter l’histoire de sa gestation et de sa création ?

Le germe de cette idée est venu, comme je l’explique au début du livre, dans la classe du directeur de l’école où je faisais un temps de décharge de direction. En début de CP, avant d’aborder l’écriture proprement dite, il travaillait sur les carreaux, les lignes, les interlignes par des jeux de coloriages et j’avais été très sceptique quant à l’utilité de ces exercices à cet âge-là. Et puis je m’étais vite rendue compte que ce qui me paraissait si simple ne l’était pas du tout pour les enfants …. Bien plus tard, dans ma classe de MS, j’ai adapté ces exercices en me disant que je pouvais peut-être préparer les enfants à se repérer dans ces lignes entrecroisées du cahier qui contiennent tant de paramètres que nous, adultes, ne voyons même plus.

« L’idée a fait comme une petite bulle »

Et puis un jour, du fond de ma retraite , l’idée a fait comme une petite bulle remontée à la surface, me disant à l’oreille « te souviens-tu de tes petits cahiers où les enfants s’appliquaient à faire comme les grands du CP ? Tu n’en as pas encore parlé. C’est un peu dommage de garder ça sur tes étagères tout de même ! »
J’ai ressorti mes fiches, mes préparations, mes petits cahiers encore au chaud dans mon ordinateur et j’ai remixé, amélioré, remis en forme de A à Z.
D’abord les « Nanoug’tracés sur quadrillages et lignes » puis, mon côté créatif pointant toujours le bout de son nez à un moment ou à un autre, l’application sur des exercices plus ludiques et laissant place à la création et à l’imagination s’est concrétisée avec les deux fascicules qui le complètent : « graphismes » et « découpages », sur quadrillages et lignes.

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A titre personnel, je pense que c’est ton meilleur titre (avec le pack graphisme-découpage et les Comptines de l’alphabet). Te considères-tu plutôt comme une pédagogue, comme un auteur ou comme une créatrice ?

Comme une créatrice d’abord. J’aime créer les outils que je n’ai pas, les adapter exactement à la situation, chercher comment y arriver, puis les concrétiser.
Tout comme quand je peins ou quand j’écris des poèmes, c’est l’action de créer en elle-même quime plaît. Laisser aller son idée, son émotion, et chercher comment lui faire prendre forme…(Je crois d’ailleurs que tout instit dans sa classe est un créateur qui doit sans cesse inventer sa journée du lendemain. Rien n’est écrit d’avance, même si on a des « rails » avec les programmes ou les instructions officielles.)
Comme un auteur…oui sans doute puisque je suis l’auteur de ce que j’écris.
Comme une pédagogue, je l’espère, puisque c’était mon passionnant métier pendant 25 ans !

« Aujourd’hui, créer un livre est accessible à tous »

As-tu un conseil à donner à ceux ou celles qui veulent se lancer dans l’aventure éditoriale ?

Si ça les démange, s’ils ont des choses à dire, ne pas hésiter !
La formule de l’auto-édition permet cela très facilement. Aujourd’hui, créer un livre est accessible à tous, qu’il soit sur papier grâce à différents sites internet (comme The Book Edition), ou au format numérique (grâce à Tilekol par exemple !)

Quel est selon toi l’aspect le plus difficile à maîtriser ?

Le côté administratif, commercial ou fiscal qui était pour moi un monde totalement inconnu et incroyablement complexe.
Mais avec de l’aide et un peu de discipline, on maîtrise peu à peu les contraintes incontournables. Le plaisir de créer l’emporte toujours sur les efforts d’adaptation au monde des lois, des chiffres et des paperasses !
Et puis je ne cherche pas à tout maîtriser. Je fais confiance à mon intuition, à mon besoin de création, aux rencontres humaines.

ose
J’ose, tout simplement, en essayant de donner le meilleur. Le reste suit… ou pas…
Cette toile (qui date de mes débuts en peinture ) est accrochée au-dessus de mon bureau pour me le rappeler au cas où je l’oublierais…

As-tu un futur grand projet dont tu voudrais nous parler ?

Une petite bulle est remontée de mon cerveau il y a quelques semaines, mais va savoir pourquoi, après avoir éclaté, avoir fait des petites étoiles et réussi à s’imposer sur mon clavier, elle s’est un peu rendormie….
Je crois qu’elle reprend des forces, sans en avoir l’air, qu’elle attend son heure pour réapparaître, encore plus forte.
Certes, elle s’est faite doublée par le trio infernal des « Nanoug’tracés sur quadrillages et lignes » mais elle aura sa vengeance, j’en suis certaine. Laissons-là décider quand et comment…
Et peut-être aurez-vous une petite surprise à la rentrée de septembre…
Qui sait ?

Merci Nanoug !

 

 

Une graphothérapeute parle des ouvrages de Nanoug

photos-Laurence

Laurence Delcourt est graphothérapeute. Elle travaille avec des enfants et des adultes, et elle utilise les ouvrages de Nanoug.

Elle nous parle de son métier et de l’usage qu’elle fait des travaux de Nanoug. Cliquez ici pour lire le petit compte-rendu qu’elle a réalisé pour Tilékol.

Merci beaucoup, Laurence !

 Vous trouverez tous les ouvrages de Nanoug au format numérique
>>en cliquant ici.<<

 

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