Le premier janvier de chaque année, c’est le jour des bonnes résolutions. En général, elles sont enterrées, anéanties, éliminées au bout de quelques jours ou quelques semaines. Il existe pourtant une catégorie de bonne résolution qui a une chance de survivre. Et d’aboutir à la réussite. Elle a une caractéristique bien précise, vous allez voir, c’est astucieux.

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1-janvier

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Si je vous en parle maintenant que l’année est bien entamée, c’est que vous allez pouvoir reprendre vos bonnes résolutions abandonnées et les reconsidérer sous un autre angle qui vous mènera peut-être à des résultats positifs.

Allez, avouez : nous sommes aujourd’hui le quatre février. Vous qui lisez ces lignes au moment où elles sont publiées, vous êtes probablement déjà passé en 2015 par le stade de la bonne résolution qui s’écroule.

Deux exemples-types de bonne résolution à durée brève : les célébrissimes « Je fais un régime et « je me mets au sport ».

En général, que se passe-t-il ?

Bye-bye, résolution

Dans les premiers jours, une gigantesque motivation habite le « décidé à changer les choses ». Une motivation royale qui fait rapidement place… à l’oubli. « Oups, je n’ai pas fait de footing depuis trois jours. Incroyable, je n’y ai même pas pensé ! » « Glups, je viens de faire un stop au MacDo et j’ai englouti un Double Cheese, une grande frite et un méga-coca avant de réaliser ce que je faisais. »

Ah, problème. Envolée la bonne résolution, mais non sans avoir essayé l’arme fatale : la volonté. Comme Yves Montand transpirant, les mâchoires serrées, au volant de son camion chargé de Nitroglycérine dans le film « le salaire de la peur », vous allez faire un effort surhumain pour vous obliger a aller faire le footing de trop, celui qui va vous dégoûter de courir pour le reste de l’année. C’est ballot.

Bye-bye, bonne résolution.

Bye-bye ? Peut-être pas.

Parce que pour faire des progrès, trois armes s’offrent à nous.

  • La volonté : munition à usage unique. Un genre de carburant de fusée. Une forte puissance pendant dix secondes en ensuite plus rien. Laissons tomber.
  • La motivation : peut s’entretenir sur le long terme. Grâce à des lectures, par exemple. Le souci : ce n’est pas la motivation qui vous fait courir. Ce sont vos mollets. Il y a un monde entre l’idée et l’action. Et c’est l’action qui compte.
  • La troisième arme est comme la goutte d’eau qui va finir par transpercer la roche. C’est une arme qui agit sur la durée, mais qui nécessite un temps de démarrage parfois très long. Il s’agit de l’habitude.

La grande force des minuscules habitudes

J’ai lu il y a quelques mois le livre de Stephen Guise intitulé « Mini Habits: Smaller Habits, Bigger Results ». Ce livre, malheureusement disponible uniquement en langue anglaise, mériterait vraiment d’être traduit en français. C’est un livre important, à mon avis, parce qu’il a le grand mérite de faciliter la phase de démarrage des bonnes habitudes. Il est très bien documenté (la partie consacrée au fonctionnement du cerveau est très instructive), agréablement écrit, et il fait partie des quelques livres qui ont vraiment le pouvoir de changer les choses.

Au fait, une habitude, qu’est-ce que c’est ?

C’est une action répétée régulièrement et qui ne demande pas d’effort (ou très peu) parce que, justement, le fait de la répéter jour après jour la rend machinale et ne fait même pas réfléchir.

Exemple : se brosser les dents. Quand vous étiez enfant, cette obligation vous embêtait profondément. Et puis jour après jour, semaine après semaine, mois après mois, vous avez cessé d’y prêter attention : vous vous brossez les dents avec l’esprit « neutre », probablement en pensant à tout autre chose. Et ce faisant, vous avez épargné à vos dents un nombre considérable de caries.

Bien sûr, il y a de bonnes et de mauvaises habitudes. Le but du jeu étant de remplacer les mauvaises par les bonnes.

La manière la plus simple d’aborder une habitude

« Oui, d’accord, mais une habitude, cela ne se prend pas comme ça ». Exact. Il faut parfois plusieurs jours, plusieurs semaines, plusieurs mois de pratique quotidienne pour qu’elle finisse par entrer dans la caboche et y rester. On ne peut pas savoir à l’avance le temps qu’elle prendra.

Et c’est ici qu’entre en scène l’idée lumineuse de Stephen Guise : celle qui consiste à réduire une habitude à sa plus petite unité de base.

L’exemple pris par l’auteur est celui du sport.

Il a décidé de s’y mettre, mais en s’astreignant à faire… une « pompe » par jour.

Pas cinq, pas dix, pas cent : UNE.

N’importe qui est capable de faire ça. L’effort de volonté nécessaire au début n’est que de cinq secondes. Cette volonté-là ne s’épuisera pas comme le carburant d’une fusée au décollage.

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Le principal étant de ne pas « briser la chaîne » et de ne pas manquer une journée. Un beau jour (peut-être le premier jour, d’ailleurs), vous ferez cinq pompes. Puis dix. Puis quelques tractions, quelques « squats » (s’accroupir, se relever). Pourquoi pas une petite marche. Jour après jour, l’habitude s’installe et demande toujours moins d’efforts.

Et si un jour vous n’avez pas envie de bouger, que vous avez fait la fête, que vous êtes victime d’une grosse paresse, vous allez faire quoi ? Une pompe. Mission accomplie.

Cette technique peut s’appliquer à n’importe quelle habitude.

  • Vous mangez mal ? Prenez l’habitude de manger un fruit par jour, ensuite vous verrez.
  • Vous voulez écrire mais vous avez l’angoisse de la page blanche… Une phrase par jour : ça vous va ?
  • Votre environnement est en désordre chronique ? Essayez cinq minutes de rangement quotidien. Ou même une simple minute. Il y a des chances que cette minute se mette à déborder largement et très rapidement.

Les habitudes, c’est comme l’huile dans la mayonnaise : il faut y aller petit à petit. Commençons par en choisir une, puis réduisons-la à son élément primordial. Répétons cet élément chaque jour. Et étoffons-le progressivement. Une fois cette habitude solide, passons à la suivante. Tranquillement. Ce n’est pas une course, c’est un travail de fond…

Alors, pensez-vous que votre bonne résolution de l’année est encore sauvable, vue sous cet angle ? Allez, zou, c’est parti. Démarrez tout petit et ne brisez pas la chaîne quotidienne !

Le parallèle avec les rituels en maternelle :

Une bonne partie des lecteurs de ce blog étant constitué d’enseignants de maternelle, ceux-ci pourraient être intéressés par une comparaison avec les sacro-saints rituels de la classe. Cette comparaison est-elle pertinente ?

J’ai interrogé Laurence, « Maître G », à l’occasion d’une récréation. Voici son avis :
« Les rituels sont essentiels pour les enfants, notamment ceux qui sont en difficulté, parce qu’ils sont très importants pour les rassurer. Il faut qu’ils soient répétitifs, simples, et que les élèves puissent les reproduire à loisir. C’est important pour mettre l’enfant dans une structure du temps qui lui fait souvent défaut.
La répétition fait partie de l’apprentissage. Plus on répète les choses, plus l’enfant les acquiert et y prend du plaisir. L’habitude contribue aux apprentissages. »

Vous remarquerez les termes « rassurer », « répétitifs », « simples », « structure du temps », « apprentissage ».

Le fait de réussir à accomplir une mini-habitude quotidienne nous rassure quant à notre capacité à réussir sur la durée. La montée en puissance sera facilitée. La simplicité est une alliée. Et le progrès est au bout.

Marc, conseiller pédagogique, différencie quant à lui les notions de rituel et d’habitude :
« Un rituel est une activité éducative évolutive qu’on met en œuvre de manière régulière, le plus souvent tous les jours. Il permet se structurer le temps, l’espace ainsi que les contraintes liées à la vie en groupe. La grande force du rituel réside dans le fait que les enfants sont investis, ne peuvent pas faire comme s’ils n’ont pas compris.
Les rituels sont différents des autres moments collectifs de la classe.
Les bonnes habitudes à prendre et les rituels ne sont pas la même chose : Les bonnes habitudes à prendre sont axées sur la contrainte librement consentie, alors que le rituel est évolutif. C’est davantage un spectacle orchestré par la maîtresse. Il contient un aspect affectif. Le but du rituel est de donner du sens. Exemple : savoir qui est absent n’a de sens que si on remplit le cahier d’appel. Connaitre la date n’a de sens que si on établit le lien avec la date qui sera apposée sur les travaux des élèves.

Les bonnes habitudes sont plus des savoir-être que des savoirs ou savoir-faire.

Dans les rituels, on différencie les tâches en fonction du niveau des enfants.
On évite les moments où les enfants sont passifs, où certains ne participent pas. Une évolution des rituels dans l’année est nécessaire et ne peut se traduire que dans le cadre d’une programmation. »

La nuance est subtile, mais elle existe, du moins dans le cadre du métier d’enseignant, qui est si particulier.

Néanmoins, différence ou pas, nous pouvons (je parle de « nous enseignants ») appliquer la recette de Stephen Guise dans nos classes, ne serais-ce que pour transformer progressivement ce qui pouvait apparaître comme une contrainte en activité habituelle, ne demandant pas d’effort de volonté mais une attention éveillée, focalisée sur le plaisir d’apprendre et non sur l’inconfort qui pouvait exister avant que l’habitude ne soit prise.

Je me souviens qu’il y a très longtemps, j’avais une classe de CM2. Nous avions pris l’habitude, mes élèves et moi, de commencer chaque journée par une petite dictée. C’était notre manière de nous « mettre en jambes » et comme l’exercice était quotidien, les élèves avaient totalement dédramatisé les fautes qu’ils pouvaient faire, et essayaient simplement de comprendre comment les éviter.

…Des idées ? Des propositions ? Les commentaires sont là pour ça.

La parole est à vous !
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