Continuons notre exploration du monde de la lecture sur liseuse, et essayons de comprendre un peu les raisons qui ont poussé la majorité des vendeurs de livres électroniques à instaurer ce système de comptes à ouvrir et de non-compatibilité supposée entre appareils. Pourquoi ? Comment ? Est-ce finalement si contraignant ? A mon avis, non.

Bien souvent, le postulant à l’achat d’un appareil de lecture hésite à franchir le pas.

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Big Brother regarde par-dessus mon épaule pendant que je lis, oh le vilain. Photo Tilekol (libre de droits, servez-vous)

Big Brother regarde par-dessus mon épaule pendant que je lis, oh le vilain.
Photo Tilekol (libre de droits, servez-vous)

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Il a peur des contraintes et des règles arbitraires. Il ne devrait pas s’inquiéter comme ça.

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Phrase couramment entendue un peu partout et faisant partie d’une indignation de bon ton :

« Les livres électroniques sont verrouillés, c’est une arnaque, on les achète sans les posséder, on risque de tout perdre, décidément on nous prend pour des moutons, etc… »

Houlala, pourquoi tant de colère …

Si on décidait, non pas de polémiquer, mais d’essayer de comprendre pourquoi la lecture sous forme électronique est à ce point verrouillée par certains vendeurs ?

Y a-t-il des explications logiques ? Oui.

Est-ce rédhibitoire ? Non. Lire sur une liseuse, c’est chouette.

 

Inversons les rôles, juste pour voir

Tout d’abord, je vous propose d’inverser les rôles, et de nous mettre dans la peau des auteurs (et des éditeurs) qui ont vu soudain apparaître cette possibilité technique de vendre leurs ouvrages au format numérique.

Ca leur a fiché la trouille.

Pourquoi ? Parce qu’ils ont bien vu ce qui s’est passé avec le disque : l’objet physique a pris du plomb dans l’aile, et le piratage extrêmement facile des oeuvres au format numérique a pratiquement privé de revenus (au plus fort de la crise du disque) à la fois les disquaires (paix à leur âme), les éditeurs de musique (sans entrer ici dans la polémique dite des « Majors ») et d’une quantité non négligeable d’auteurs, chanteurs, musiciens, qui ont vu leur petit (ou gros) commerce péricliter.

Ne cherchons pas ici à entrer dans les polémiques, je le répète, mettons-nous simplement pendant deux minutes dans la peau des auteurs et des éditeurs de livres en papier.

Jusqu’à une époque récente, il était facile d’imprimer des bouquins et de les vendre aux libraires en contrôlant ce qui se passait. X exemplaires fabriqués, Y exemplaires vendus, en cas de succès c’était le bonheur, en cas d’échec il ne leur restait qu’à s’assoir sur leur stock d’invendus.

Petits malins et nouvelle donne

Mais avec la nouvelle donne du numérique, à partir du moment où un petit malin a le fichier d’un livre et n’est pas honnête (ce qui est assez fréquent), il peut le répandre autour de lui, et mettre en péril l’auteur, l’éditeur et même (mais pas à lui tout seul) l’industrie du livre toute entière.

Bien sûr, tout est relatif, en général les titres les plus piratés sont aussi les plus vendus, mais bon, si vous étiez écrivain, vous feriez quoi, vous chercheriez quelle parade ?
D’autant plus que certains se sont fait une spécialité de numériser carrément les livres-papier pour en faire des fichiers informatiques !

La réponse est venue des initiateurs de la révolution numérique, qui ont pour chef de file Amazon (concernant le livre). Amazon, mais également Apple, Kobo, Google, Adobe, Barnes & Nobles etc…

Ils ont proposé aux auteurs de les protéger, parce qu’ils avaient la possibilité purement technique de contrôler voire d’empêcher la copie sauvage des oeuvres.

Vous auriez fait quoi, vous, si vous aviez été auteur ou éditeur ? Vous vous seriez intéressé à ces solutions.

…Et vous auriez fait quoi, si vous aviez été Amazon, Apple ou autre ? Vous vous seriez creusé la cervelle pour mettre au point un système logique, fonctionnel, qui favorise la diffusion des livres sans trop embêter le lecteur et en faisant un pied de nez aux méchants pirates.

Il n’y a pas cinquante solutions possibles. Ceci dit, la solution actuelle n’est certainement pas définitive, et les choses vont évoluer dans l’avenir, j’en suis certain, comme elles ont évolué en matière de musique (les morceaux vendus sur iTunes Store ne sont plus protégés contre la copie, par exemple).

Alors, ces livres, ils sont à moi ou pas ?

C’est là que l’idée de « compte » a été inventée. Ou plutôt utilisée, parce qu’elle existait avant.

Vous ouvrez un compte à votre nom chez le vendeur (Amazon, Apple, ou même votre libraire préféré qui s’est mis à ce type de vente en ligne), vous payez pour avoir votre livre, et une fois que vous avez payé, le livre est ajouté à votre espace personnel.

Votre appareil de lecture est également lié à votre compte, je dirais même VOS appareils de lecture. Par exemple, chez Apple, vous pouvez avoir un iPhone, un iPad mini, un iPad Rétina et divers autres gadgets à inventer qui permettront de lire un texte. Vous pouvez y installer à votre guise « vos » livres, c’est-à-dire ceux pour lesquels vous avez payé pour pouvoir les lire.

Il y a une légère variante avec le système des DRM Adobe utilisées avec Kobo ou Nook, par exemple. Nous en reparlerons mais c’est grosso-modo la même chose.

Mais alors, ces livres, ils sont à moi, ou pas ?

La réponse est, là aussi, logique. Et commence par une autre question : « qu’est-ce qu’un livre » ? Un livre, c’est à la fois le support et le contenu. Sur un livre papier, support et contenu sont indissociables. Sur un appareil électronique, ce n’est pas le cas, parce que vous pouvez très bien par exemple revendre votre liseuse à quelqu’un, qui aura son compte à lui. Il n’aura dont pas accès à « vos » livres, mais aux siens. Vos livres disparaîtront de l’appareil, les siens apparaîtront.

Vous comprenez la problématique ?

Bien sûr, il est possible (et facile) de s’indigner, de trouver qu’il est scandaleux de ne pas pouvoir « posséder » ledit livre. Mais c’est oublier qu’on ne parle là que du contenu, sachant que le contenant vous appartient, et que c’est donc l’ensemble « contenu + contenant » qui constitue le livre.

Le bât blesse, parfois

Là où le bât pourrait blesser, et blesse parfois, c’est que chacun des vendeurs a son système de compte bien à lui, ses appareils bien à lui, et qu’il est par exemple impossible de « mettre » un livre acheté chez Apple sur une liseuse Kobo, ce qui peut provoquer des crises d’urticaire bénin.

Je vais peut-être vous étonner, je ne dois pas être comme tout le monde, mais en réalité cela ne me dérange pas outre mesure. Et je vais vous expliquer pourquoi.

Prenons le cas d’Amazon. Ses liseuses s’appellent « Kindle ». Mais j’ai lu plein de livres achetés chez Amazon à l’époque où je n’avais pas de Kindle… J’ai fait comment ? Facile : « Kindle » est également le nom de l’application qui permet de lire les livres d’Amazon.

Et vous pouvez installer à loisir et gratuitement l’application Kindle sur votre iPhone, sur votre iPad, sur votre appareil Android. Pas de problème, elle sera liée à votre compte.

Idem pour le système de Kobo : l’application qui lit les livres liés aux comptes Kobo existe sur tous les autres appareils (et vous pouvez même lire vos livres en ligne !).

Par contre, ce n’est pas le cas des livres achetés chez Apple, qui ne sont lisibles que sur des appareils Apple. Et comme Apple n’a pas de liseuse avec écran « spécial », je me trouve souvent frustré, et je n’achète de livres chez Apple que lorsque je n’en trouve pas ailleurs ou parce que l’achat y est très facile et prend deux secondes…

Mais cela ne me dérange pas pour une deuxième raison : les liseuses sont relativement bon marché et leur prix va encore fortement baisser. Les premier prix sont à moins de 80 euros, et si on a un iPad, par exemple et qu’on souhaite l’utiliser pour lire, les applications des autres acteurs du marché sont gratuites. (Bien sûr, si vous lisez deux livres par an, n’allez pas vous encombrer de tout cet attirail).

Qu’importe le flacon

J’achète des bouquins chez Apple, chez Kobo, chez Amazon, chez Numilog, un peu partout, j’ai des comptes chez les uns et les autres, et je trouve toujours un moyen de les lire. Si je n’ai pas de liseuse dédiée, j’ai mon iPad, j’installe l’application gratuite ad hoc, et ça fonctionne très bien. l’iPad Mini, en particulier, très léger (« légère » ?), est mieux adapté (e ?) à mon avis que les modèles plus gros. Idem pour les tablettes ou smartphones Android.

Mais ce n’est pas tout : il est possible de se procurer des centaines de livres gratuitement, notamment ceux qui sont tombés dans le domaine public. C’est le cas de tous les « classiques ». Lire Montaigne ou Balzac sur un appareil électronique est à la fois décalé, amusant et très agréable, croyez-moi.

Et cerise sur le gâteau : certaines librairies en ligne vendent des livres récents et non protégés. Cool.  Un simple exemple ici.

Donc : qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse !

J’entends déjà certains grincer des dents, et citer comme exemple Amazon qui a effacé à distance un livre (1984, de Georges Orwell, par exemple, ça ne s’invente pas !) sur les appareils de ses clients. Outre le fait que des explications ont été données, et qu’on puisse se scandaliser de ce comportement de Big Brother, entre nous, cela ne me dérange pas. Je trouve que ce n’est qu’un détail comparé aux avantages.

Ce n’est pas fini

Mais je me rends compte que cet article commence à être bien long, et que je n’ai pas encore parlé de certains points importants qui demandent à être développés :  les formats de fichiers, les logiciels disponibles (du moins ceux que j’utilise et qui sont pour au moins l’un d’entre eux hyper-pratiques), ainsi que les raisons qui m’ont fait choisir tel appareil plutôt que tel autre.

Il faudrait également faire un petit tour d’horizon des appareils disponibles ainsi que des sites où on peut se procurer des ouvrages, gratuitement ou en payant (du moins ceux que je connais).

Croyez bien que je ne cherche pas à vous frustrer, mais à être le plus clair possible.

Je vous donne donc rendez-vous au prochain article pour avoir la fin de cette « saga des liseuses »…


Ceci fait partie d’une série de trois articles consacrés aux liseuses :

Première partie :

http://www.tilekol.org/la-quete-de-la-liseuse-ideale

Deuxième partie :

http://www.tilekol.org/les-liseuses-les-malins-les-mechants-et-les-heureux

Troisième partie :

http://www.tilekol.org/petit-guide-pratique-de-la-liseuse-en-2013

 

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