LLe marché du livre est en pleine mutation, avec pour résultat la disparition ineluctable, programmée, des libraires indépendants qui sont destinés à passer à la trappe, comme l’ont été en leur temps les magasins de disques. Je ne suis pas d’accord.

Hier soir, à la télé, dans je ne sais quelle émission, on nous annonçait gravement que l’avenir des libraires indépendants était sombre. On parlait de points de pourcentage de TVA, d’action gouvernementale, de prix unique du livre.

Et une fois de plus, on ne parlait pas d’un phénomène gros comme une montagne, que tout le monde a devant les yeux et que personne ne voit. Je trouve cela incompréhensible.

Non, il ne s’agit pas du livre électronique (dont nous parlerons bientôt). Il s’agit d’une pratique très répandue sur internet et que peu de gens connaissent.

Je m’adresse à vous, vous qui achetez machinalement vos livres en deux clics. Vous allez apprendre quelque chose qui va peut-être vous étonner.

Je m’adresse aussi aux aux vrais libraires. Ceux qui aiment passionnément leur métier extraordinaire. Ceux qui sont à l’affût de la nouvelle perle littéraire, ceux qui se grisent à l’odeur de l’encre d’imprimerie. Ceux qui voient avec effroi disparaître leur outil de travail, pas simplement parce que c’est ce qui les nourrit, mais parce que c’est ce qui les fait vibrer, ce qui les fait VIVRE.

A mon avis, l’espoir n’est pas perdu, je vais vous expliquer pourquoi.

On nous cache tout, on nous dit rien

De nos jours, il y a des milliers, probablement des millions de sites web qui proposent à leurs visiteurs de cliquer sur des images de couvertures de livre pour aller les acheter en ligne chez Amazon. Et ls visiteurs cliquent sans réfléchir… et achètent.

Ce que la plupart des gens ne savent pas, c’est qu’absolument TOUS ces sites, à 100%, touchent une commission d’Amazon si leur visiteur achète le livre suite au « clic » sur leur site. Le saviez-vous ?

C’est le cas bien entendu de Tilékol avec la « petite boutique Amazon » (qui est entre nous un mini concept de boutique « sociale » bien sympathique).

On appelle cela l’affiliation.

Et qui a inventé le système de l’affiliation? C’est Amazon.

Oh, n’allez pas vous imaginer que les petits blogs qui fourmillent sur le web font fortune grâce à l’affiliation sur les livres. Les commissions sont très faibles, aux alentours de 5%, et la plupart d’entre eux se contentent de quelques euros par mois.

Mais pour Amazon ? C’est le jackpot.

D’une part, ce ne sont pas uniquement les livres qui font l’objet de son programme d’affiliation, mais absolument tout ce qui est vendu sur leur site.

D’autre part, ils ont des millions de vendeurs dans le monde entier qui font le travail à leur place. Ces vendeurs, ce sont les petits (ou gros) blogueurs ou tenanciers de sites qui leur « rabattent » une quantité extraordinaire de clients chaque jour.

Résultat ? Amazon enfle, enfle, enfle et devient LE site incontournable que tout le monde visite pour faire ses emplettes, sans même prendre la peine d’aller faire quelques kilomètres pour aller dans l’échoppe de son libraire favori. Qui a pourtant des livres disponibles et réels, qu’on peut voir, sentir, caresser, choisir, emporter immédiatement.

S’il n’y avait pas eu l’affiliation, Amazon connaîtrait peut-être le succès, mais ne serait pas le « monstre » qui a réalisé un chiffre d’affaires de 9,91 milliards de dollars pour son seul deuxième trimestre 2011, contre 6,57 milliards en 2010, réalisant ainsi une croissance annuelle de 51 %.

Expliquez-moi, merci

Je fais ici une petite parenthèse technique. De nous jours, avec un minimum d’efforts, n’importe qui peut monter son site web avec prise de commande, panier d’achat et même système d’affiliation. Les solutions se sont largement démocratisées.

Alors il y a une chose que je ne comprends pas. Je voudrais qu’on me l’explique. Pourquoi les libraires de quartiers ne font-ils pas la même chose qu’Amazon ?

Je ne vais pas vous dire « battez-vous, accrochez-vous ». Non, pas besoin de se battre.

Je vais vous dire « montez un petit site web, mettez en place un panier d’achat, proposez à la vente les 20, 30 ou 50 livres qui se vendent le mieux en ce moment (si vous voulez le savoir, allez sur Amazon qui vous dit tout) et mettez en place un petit système d’affiliation ! »

Vous aurez une boutique en dur et une boutique en ligne, avec un peu d’organisation, ça se gère très bien.

Ensuite, contactez les blogs qui vous plaisent, de préférence ceux qui sont très visités et qui ont des « liens Amazon ». Et proposez-leur la même chose, à ceci près que vous leur verserez leur commission à chaque fin de mois par Paypal, même si elle est minime (ce qu’Amazon ne sait pas faire). Ils passeront par vous sans hésiter.

Ca existe déja ? Il paraît. Cela s’appelle « 1001 libraires », l’initiative est sympathique et date d’avril 2011. Il s’agit de donner une visibilité aux libraires indépendants, petits ou gros, en leur fournissant une plate-forme commune de vente. Vous commandez votre bouquin dans « l’espace » de votre libraire préféré, s’il fait partie du réseau.

Seulement, gros problème: 1001 libraires a un service d’affiliation absolument ridicule: il ne s’adresse qu’aux libraires faisant partie du réseau et qui ont un site web.

Alors soit j’ai tout faux, je n’ai pas compris leur fonctionnement, et je ferais mieux de me taire.

Soit ils n’ont pas compris que l’affiliation est la potion magique d’Amazon, la clé de son succès et la raison de leur agonie.

Et ils sont en train de rater totalement le coche.

 


Vous êtes libraire, vous avez un site tel que je le décris dans l’article ? Contactez-moi, merci !






   

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