Depuis deux ans, je possède un drôle de moyen de locomotion immobile : il s’agit d’un tapis de marche, surmonté d’un bureau à hauteur réglable. L’idée, c’est de pouvoir se libérer de la chaise, de se lever, de bouger, tout en travaillant à l’ordinateur.

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© Evocardio

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Je me suis dit qu’un petit retour d’expérience serait une bonne idée. Alors que vous soyez sceptique, moqueur ou assoiffé d’information sur le sujet, venez faire un petit tour dans cet article…

Si nous considérons, d’une part, que notre vie numérique nous contraint de passer un temps toujours plus considérable devant un écran d’ordinateur, et d’autre part que nous sommes assis devant ledit ordinateur, nous en arrivons à la conclusion que nous passons de plus en plus de temps assis.

Assis, prisonnier, coincé, scotché, collé, amarré, aimanté à notre chaise.

« La chaise est le nouveau tabac » a dit un jour un médecin audacieux. Les détails ici.

Un beau jour, j’en ai eu marre.

« Lève-toi et marche »

Et, depuis ma petite île de la Réunion, quand même assez isolée au beau milieu de l’Océan Indien, j’ai passé commande d’un machin comme ça : un « Walkdesk » , de la marque Evocardio. (Voir image ci-dessus).

Comme vous le constatez, finalement, c’est assez simple : un tapis de marche surmonté d’un bureau à hauteur variable, pour que chacun le règle bien par rapport à sa taille.

Pendant tout le temps du transport, alors qu’il voguait sur un cargo, bien au chaud dans un container, je me posais des questions.

Parce que quand même, cet appareil n’est pas donné, j’avais cassé la tirelire pour me le payer et je tremblotait un peu en me posant deux questions :

  • Est-ce qu’il va entrer dans la petite pièce qui me sert de bureau ?
  • Est-ce que je vais réellement m’en servir ?

Lorsqu’il est arrivé, que je l’ai déballé et installé, j’ai instantanément su que la réponse à ces deux questions allait être « oui ».

Vous ne pouvez pas savoir à quel point il est agréable de se mettre au travail à son bureau, en marchant lentement, debout cela va de soi. Finie, la prison de la chaise ! Et ne parlons pas du dos qui a tendance à s’avachir, des jambes qui se momifient, des cervicales qui s’écrabouillent, de l’abdomen qui se tasse !

Alors attention : cela demande quand même une certaine ouverture d’esprit. Une envie d’expérimenter, voire un peu de persévérer pour prendre ses marques.

A ce sujet, j’ai quand même été étonné de voir certaines personnes, à qui j’ai fait essayer l’engin, affirmer de manière péremptoire au bout de DIX secondes qu’elles n’y arriveraient jamais et que j’étais un aimable farfelu (ce que je prends d’ailleurs comme un compliment).

Donc oui, ça marche (c’est le cas de le dire), et voici quelques observations en vrac :

Retour d’expérience

Peut-on carrément remplacer son bureau de travail par un « bureau de marche » ?
Il est impossible de répondre à cette question, parce que selon les cas, on manipule plus ou moins de papiers, de dossiers, de documents, et donc le plateau est vite encombré. Le papier n’est pas pratique à manipuler en marchant, l’ordinateur ne pose pas de problème particulier (sauf au niveau de la souris, voir plus bas).

J’ai quand même gardé mon bureau classique et ma chaise, et je me partage entre les deux. Je ne vais pas non plus vous dire que je marche tout le temps. Mais je ne suis plus prisonnier de ma chaise.

Peut-on travailler debout (sans marcher) ?
Oui, il suffit d’arrêter le moteur, et on a un bureau debout. Très pratique lorsqu’il faut se concentrer un moment sur une manipulation délicate sur Photoshop, par exemple.

Peut-on travailler assis à un « bureau de marche » ?
Oui, il suffit de poser un tabouret un peu haut sur le tapis, à condition d’avoir stoppé le moteur avant, of course.
Etant donné qu’on peut abaisser le plateau, j’emploie de temps en temps une solution alternative, en m’asseyant sur une « chaise-selle » (de marque Salli), avec les jambes plus tendues qu’en étant assis-assis. Je ne la trouve pas très confortable, mais c’est un bon compromis.

Quelles sont les activités principales qu’on peut pratiquer à un « bureau de marche » ?
Mes trois usages sont les suivants :

  • Travail à l’ordinateur.
  • Lecture (lire en marchant, c’est très agréable).
  • Consultation de tablette (par exemple une petite session Youtube).

Quelles sont les activités qu’on ne peut pas faire en marchant ?
Principalement, écrire avec un stylo ou ranger des papiers. Ca se transforme vite en numéro de cirque.

Quelles sont les petites astuces utiles à connaître ?

  • Je préfère largement utiliser un trackpad qu’une souris, parce qu’il est plus confortable d’avoir le poignet fixe, posé sur le plateau, et les doigts mobiles plutôt que de déplacer sa main. Ceci dit, l’utilisation de la souris est possible. Pas vraiment pratique, mais possible. Après tout, on pose aussi le poignet sur la table lorsqu’on manipule une souris. Ce point est un détail.
  • Certains utilisent un trackball (une souris fixe surmontée d’une grosse boule) et en sont contents.
  • L’interrupteur de démarrage est placé à un endroit complètement stupide : sur le devant du tapis, ce qui fait qu’il faut se baisser et avancer sa main à tâtons pour l’allumer. Ne riez pas, ce simple détail a souvent provoqué chez moi la « flemme » d’utiliser le tapis. Un beau jour, j’ai acheté une petite prise multiple avec interrupteur incorporé et je l’ai fixée avec des colliers plastiques sur la barre qui se trouve sous le plateau, et depuis, c’est accessible, plus d’excuse !

Combien de kilomètres fait-on en « conduisant son ordinateur » ?
Là, c’est très étonnant (parce qu’il y a un compteur kilométrique sur le tableau de bord !). A raison d’une heure et demie à deux heures par jour, à une vitesse comprise entre 1,5 et 2 km/h, on fait… 100 kilomètres à pied par mois ! Plus de 1000 kilomètres par an !
Certaines personnes qui travaillent toute la journée sur un bureau de marche font un demi-marathon chaque jour !

Transpire-t-on ?
Non, ce rythme de marche ne fait pas réellement transpirer. Mais chez moi, sous les tropiques, en été, j’allume quand même le climatiseur, parce que ça chauffe quand même un peu. Dans les pays tempérés, aucun souci à mon avis pendant les 3/4 de l’année, en ouvrant la fenêtre quand il le faut.

Est-ce qu’on tape au clavier aussi bien qu’en étant assis ?
Oui, mais dans mon cas je suis un peu plus lent. D’un autre côté, le fait d’avoir les deux poignets qui sont posés sur la table oblige à avoir une bonne position (habituellement, lorsque je suis assis, j’ai la main gauche posée et la main droite « libre », ce qui fait un peu amateur, d’autant plus que je tape -rapidement – avec les deux index).

Est-ce qu’un entretien particulier est à prévoir ?
Oui, comme pour tous les tapis de course, il faut de temps en temps passer un peu de silicone sous la bande roulante pour qu’elle glisse bien .

Est-ce cher ?
Ce n’est pas donné (à partir d’environ 1300 euros).

Fabriquez-le vous-même !

MAIS lisez bien ce qui suit, parce que vous pouvez vous en tirer pour NETTEMENT moins cher :

Tout d’abord, si vous avez, à côté, une table « classique », vous n’avez pas besoin d’un grand plateau. En fait, une simple planche assez large pour poser un ordi, un livre ou une tablette suffit.

Faites un tour sur le Bon Coin et vous trouverez quantité d’annonces proposant à vil prix des tapis de course bas de gamme achetés sur un coup de tête au moment des résolutions du nouvel an et qui prenne la poussière, poussant leur propriétaire à essayer de s’en débarrasser.

Vous en trouvez aux alentours de 200 euros, et même moins cher.

Surmontez-le d’une planche, que vous poserez tout simplement sur les deux supports horizontaux qui servent à poser les mains, et vous avez votre bureau de marche. Vous pourrez au moins essayer le concept à moindre coût. Si ça vous plaît, vous passez un jour au bureau de competition !

Petit détail technique qui a son importance :

Plus un moteur tourne lentement, plus il doit être costaud (avoir du couple). Dans les magasins de sport, vous trouverez deux sortes de tapis : les tapis de marche démarrent à vitesse très lente mais ne vont pas forcément très vite, les tapis de course démarrent à une vitesse un peu plus élevée mais vous permettent de faire du jogging chez vous.

Selon votre niveau sportif, vous préférerez l’un ou l’autre. En sachant que pour un travail de bureau, la zone de vitesse se situe entre 1,3 et 2 km/h. Mon tapis ne va pas très vite en mode « course », il propose juste une marche rapide ou une course lente, ça manque de vitesse pour en faire un usage « course à pied ». Par contre, pour la marche rapide, c’est nickel.

En conclusion, je dirais que ce type d’équipement est excellent. Marcher lentement est infiniment plus confortable que la position debout statique, et n’a pas les inconvénients de la position assise. On s’y fait très bien et on a la satisfaction d’avoir fait de l’exercice tout en faisant un travail de bureau.

Au bout de quelques minutes, on oublie totalement qu’on est en train de marcher. On est sur pilote automatique.

En sachant que vous pouvez aussi travailler couché, voire en flottant en apesanteur dans la station spatiale internationale. Mais c’est une autre histoire.

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