Le numérique fait irruption dans nos vies, mais avons-nous réellement conscience de l’ampleur du bouleversement actuel pour l’humanité toute entière ? Un bouleversement comme il ne s’en en est produit que deux ou trois depuis que l’Homme est descendu de l’arbre et s’est mis à marcher sur deux pieds.

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© T. L. Furrer - Fotolia.com

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Vous ne me croyez pas ? Venez lire ce qui suit…

Il est commun de nos jours de voir des gens s’extasier devant tel ou tel smartphone, de se déclarer « fans » de marques d’électronique (en méprisant ouvertement des fans de la marque d’en face), de changer de tablette plus souvent que de raison et de se précipiter sur les dernières applications à la mode qui font bip bip ou pouet pouet.

Il est également fréquent d’entendre d’autres personnes maudire les écrans, grands ou petits, en faisant un symbole d’abrutissement, d’aliénation à une société de consommation toujours plus vorace, et déclarer que lesdits écrans sont la source de la « gigantesque baisse de niveau » des nouvelles générations.

OK.

Et si on essayait de prendre de la hauteur, de de voir ce qui se trouve derrière les vitres des appareils connectés, derrière les milliards de dollars d’Apple, Samsung ou Google, derrière les claviers, au-delà des puces électroniques ?

Phénoménale révolution

Ce qui se trouve derrière ? Une phénoménale révolution. Unique dans l’histoire de l’humanité. Un bouleversement total.

« La révolution numérique pourrait compter parmi les trois grandes inflexions de l’humanité, au même titre que l’invention de l’écriture par la civilisation sumérienne (…) et l’invention de l’imprimerie par Gutenberg, qui rendit possible l’émergence des lumières. »

Gilles Babinet

Essayons de comprendre pourquoi cette « ère numérique » que nous débutons (et qui s’annonce aussi marquante que la découverte du feu ou la révolution industrielle du XIXeme siècle) est si « révolutionnaire », au sens littéral, c’est-à-dire pourquoi elle fait basculer le genre humain dans une situation totalement inédite.

Qu’est-ce que le numérique, au fait ?

Commençons par réfléchir à la signification du mot « numérique », trop souvent confondu avec « informatique ».

L’informatique (matériel et logiciels) sert à traiter l’information.

Quelle information ? Tout ce qui peut être « numérisé », c’est-à-dire converti en suites de 0 et de 1, donc « mangeable » par un ordinateur.

Et de nos jours, on numérise texte, musique, images fixes ou animées.

C’est-à-dire que les documents de tous types, les livres, les disques, les films sont passés à la moulinette de la « digitalisation ».

  • « L’information » (au sens large) est donc numérisée. Ca, c’est le côté « pile » du numérique.
  • Mais le côté « face » est, quant à lui, littéralement INFINI. Il s’agit du partage et du traitement de cette information. C’est là que le vertige se fait sentir. Le vertige face à l’infini des possibles, justement.

Vertige

Et c’est là qu’à mon tour, j’ai le vertige en écrivant ces lignes, parce que je sais très bien que malgré tous mes efforts, j’aurai du mal à vous faire une description exacte du phénomène. Normal : comment décrire l’infini ? Considérez donc cet article comme une simple ébauche, un tableau inachevé, un petit coup d’oeil totalement incomplet sur un phénomène complexe, bourgeonnant et se réinventant chaque jour.

  • Premier point : la totalité de la connaissance mondiale est accessible pour un prix ridiculement bas, en n’importe quel point du globe et pour n’importe qui (ou presque).
  • Deuxième point : le traitement des données numériques est toujours plus efficace, grâce aux logiciels, toujours plus performants, épaulés par un matériel toujours plus puissant (lui-même créé grâce à la puissance de calcul du logiciel, elle-même rendu possible par le matériel, etc…)

« Le logiciel dévore le monde »
Marc Andreessen (fondateur de Netscape)

  • Troisième point : Les applications possibles du traitement et du calcul des données numériques sont toujours plus ahurissantes, et ce n’est que le début (voir plus bas).
  • Quatrième point : l’accès à toutes ces merveilles se fait par l’intermédiaire d’objets connectés, tels qu’ordinateurs, tablettes et surtout, surtout, smartphones. Les smartphones sont l’unique moyen d’accéder à Internet pour quatre milliards d’humains. Relisez cette phrase.

Eh oui, le petit smartphone est une fenêtre portative donnant sur l’infini. Et il y en a autant en circulation que de terriens.

Changements

Quelques exemples des changements humains provoqués par l’irruption du numérique (exemple tirés pour la plupart du livre de Gilles Babinet, L’ère numérique, un nouvel âge de l’humanité : Cinq mutations qui vont bouleverser notre vie) :

  • Aux Etats-Unis, un mariage sur trois est la conséquence d’une rencontre sur internet.
  • L’Afrique se met à connaître une croissance économique que personne n’avait prévue. Les experts ont déterminé que cette croissance était une des conséquences de la généralisation de l’usage des smartphones. Exemple : un paysan habitant un village perdu au beau milieu de la brousse téléphone à un négociant pour le prévenir que sa récolte sera prête dans quelques jours et qu’il peut envoyer un camion la récupérer. Auparavant, faute de moyens de communication, la récolte pourrissait sur place.
  • Les récents changements de régime brusques (comme le « printemps arabe » ou la révolution ukrainienne de 2014), un peu partout sur le globe, se sont faits grâce une communication utilisant Twitter.
  • Le viaduc de Millau, les centrales nucléaires de dernière génération, les gratte-ciels de 800 mètres de haut, les prouesses techniques de plus en plus incroyables sont rendus possibles grâce à la fiabilité des logiciels de simulation et d’études et à la puissance de leurs algorithmes de traitement des données.
  • Un des MOOC (cours en ligne gratuits) du MIT (Massachussets Institute of Technology) sur l’ingéniérie électrique a été suivi par 155 000 étudiants ! Simultanément !

De tels exemples, il en existe une infinité. A chaque fois plus étonnants. Ca part littéralement dans tous les sens, de l’éducation à la santé, de l’économie à la vie privée, de l’entreprise aux réseaux sociaux.

Tiens, en parlant de réseaux sociaux : dans certaines régions sensibles où l’insécurité est la règle, les faits de délinquance ont sensiblement diminué grâce au partage des informations en temps réel… sur les réseaux sociaux. Exemple : à Sao Paulo, au Brésil, baisse de 79% en sept ans !

Et pendant ce temps, l’information se crée, s’accumule, se diffuse à un rythme hallucinant. Eric Schmidt, un des dirigeants de Google, avait ainsi calculé qu’en 2010, il se produisait tous les deux jours autant d’information qu’entre le début de la culture humaine et 2003 !

Ajoutons à tout cela une explosion démographique jamais vue. En 1900, il y avait  1,7 milliards d’habitants sur terre, il y en a aujourd’hui plus de 7 milliards. Et la population humaine augmente de 237 000 habitants par jour ! (390 000 naissances pour 153 000 décès…)

Cette nouvelle ère est en train de créer une nouvelle planète, connectée, constituée de 7 milliards de neurones humains s’agitant dans tous les sens, un smartphone à la main.

Et risquant d’ailleurs de sombrer brutalement dans l’apocalypse, sans préavis (cette phrase est destinée aux lecteurs pessimistes dont je fais quand même un peu partie).

« Quel numérique pour quelle école ? »

Mais revenons à la raison d’être du présent article. « Quel numérique pour quelle école ».

Sincèrement, au vu du tour d’horizon que nous avont fait ici, ici et dans les lignes que vous êtes en train de lire, avons-nous l’ombre d’un choix ?

L’Ecole peut-elle ignorer le bouleversement numérique que connaît actuellement l’humanité et continuer son petit bonhomme de chemin comme si de rien n’était ?

Prendrons-nous la responsabilité de laisser nos élèves découvrir uniquement le monde connecté à travers le prisme de Facebook, des SMS à répétition et de ses joyeux LOL…

…En passant à côté de l’ensemble du savoir mondial, faute d’avoir appris comment et pourquoi y accéder, et comment y participer, alors qu’il est à portée de main ?

Et d’ailleurs, l’école survivra-t-elle à cette vague géante ? Dans sa forme actuelle, certainement pas. Ne nous faisons pas d’illusions.

Aspirine

Prenons tous une aspirine, et attachons nos ceintures, nous approchons d’une zone de turbulences…

Bon, c’est bien beau, le piège de la dopamine, la révolution numérique, le vertige, la planète connectée, les multinationales qui prennent le pouvoir, la puissance de traitement des données, les bidules électroniques et les écrans dans tous les sens…

…Mais dans nos classes, de maternelle ou d’élémentaire, là, maintenant (enfin, à la rentrée…) : on fait quoi ?

Quels sont les pièges ? Comment les éviter ?

Par où commencer ? Que devons-nous privilégier ?

Je vous propose de continuer notre réflexion dans le prochain article, qui va clore cette « saga de l’été » sur Tilékol.

Et j’aimerais vraiment votre commentaire là, juste au-dessous, parce que j’ai besoin de me connecter avec vous pour y voir plus clair, moi aussi, figurez-vous…


Si vous voulez prendre réellement conscience de l’ampleur du phénomène numérique, je vous recommande chaudement la lecture du livre de Gilles Babinet, « L’ère numérique, un nouvel âge de l’humanité : Cinq mutations qui vont bouleverser notre vie » : il est édifiant, très bien écrit, facile à lire.



 

Cet article est le troisième épisode d’une série en quatre partie :

Quel numérique pour quelle école ?

Première partie : la molécule du bonheur

Deuxième partie : le côté obscur de la Force

Troisième partie : « c’est une révolution! »

Quatrième partie : dans ma classe…

 

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