Quel numérique, pour quelle école ? Les écrans sont-ils nos amis ou nos ennemis et les ennemis des élèves ? Faut-il accélérer leur utilisation ou bien appuyer à fond sur le frein ? Le progrès technique est-il un progrès humain ? Ouh là là, c’est bien compliqué, tout ça. Ca mérite réflexion.

Je vous propose une petite série d’articles sur ce thème, vu sous un angle très particulier. Pour nous permettre d’y voir plus clair, de sortir un peu de nos certitudes, de nous interroger et peut-être d’entrevoir des réponses. Des solutions. Des pratiques à éviter ou à privilégier.

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© agsandrew - Fotolia.com

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Commençons tranquillement, en nous intéressant non pas aux dernières tablettes à la mode, mais à une des molécules du bonheur, la dopamine.

Parce qu’à mon humble avis, elle joue un rôle gigantesque dans l’existence des « nouveaux humains », ceux qui sont nés et qui ont grandi dans l’environnement numérique, et qui constituent souvent un casse-tête pour les pédagogues qui ne savent plus par quel bout les prendre.

 La molécule du bonheur

Ce que nous appelons « sentiment de bonheur » dépend de la production de produits chimiques dans notre organisme : dopamine, endorphines, oxytocine et sérotonine. Je sais, ce n’est pas très poétique, mais c’est comme ça…

La dopamine est un de ces produits chimiques, qui nous procure la joie d’avoir trouvé ce que nous cherchions. C’est elle qui fit dire à Archimède « Eureka », un jour où il barbotait dans sa baignoire. Il avait trouvé. Une ampoule s’était allumée dans sa boîte crânienne. Ce jour-là, il reçut une sacrée dose de dopamine.

Scientifiquement, c’est un « alcaloïde jouant le rôle de neurotransmetteur ». Un acide aminé et une « neurohormone ». Bref, lorsque nous produisons de la dopamine, un genre de « pshittt » se produit dans notre cerveau, et nous ressentons la sensation d’avoir atteint notre but, ou d’avoir PRESQUE atteint notre but. Le « presque » est très important, comme nous allons le voir plus loin.

La dopamine nous motive à obtenir ce que nous désirons, même au prix de grands efforts. Juste pour avoir le plaisir de ressentir la « bouffée chimique » produite par le cerveau, autrement dit le sentiment d’obtenir une récompense.

La dopamine n’est pas une exclusivité humaine. Elle est produite également par les animaux, comme lorsque le prédateur aperçoit une proie. Ou lorsque, pendant la période de reproduction, un couple se « trouve », promettant la survie de l’espèce.

La dopamine est un genre d’adrénaline qui rend heureux. C’est elle qui donne l’énergie, souvent considérable, qui nous pousse à faire des efforts pour pouvoir nous sentir bien. Par exemple, l’homme préhistorique en tirait son énergie nécessaire à la recherche de nourriture. Et bien souvent, il devait sa survie à la production d’adrénaline lorsqu’un danger soudain apparaissait. Eh oui, ces hormones nous requinquent, nous boostent… nous dopent.

La dopamine à toutes les sauces

La dopamine n’est pas une substance qui s’épuise rapidement. Elle est produite à chaque fois que nécessaire. A chaque fois que, consciemment ou non, nous ressentons la sensation d’être récompensés.

Mais pourquoi donc un tel « exposé scientifique » sur votre blog favori ?

Ce n’est pas la première fois que je parle ici de la dopamine. Je l’avait déjà fait dans la partie intitulée « La procrastination informatique » de la mini-formation des « dossiers Tilékol ».

Je vous en reparle aujourd’hui, parce qu’à mon avis, cette molécule, ou plus précisément l’utilisation qui en est faite par certains acteurs de la société numérique actuelle, est en train de modifier profondément l’humanité.

Des milliards d’individus en produisent (et en consomment) du matin au soir, en font leur drogue, ne peuvent plus vivre sans elle, se construisent un monde où tout, absolument tout, est conditionné par cette substance. IIs le font sans s’en rendre compte, parce que personne ne leur a appris qu’il existe une autre manière d’envisager l’existence que celle qui consiste à se shooter du matin au soir à la dopamine.

Et cela a des conséquences incalculables (mais il faudrait bien un jour les calculer, ces conséquences) sur les apprentissages, l’éducation, la pédagogie, l’école. La vie. Notre vie.

J’exagère ? Pas tant que ça. Vous allez voir pourquoi.

Le monde d’avant la révolution numérique

Je fais partie des privilégiés qui ont connu le monde « d’avant » la révolution informatique et numérique. « Privilégié », parce que j’ai la possibilité de comparer, et parce que j’ai eu la chance d’avoir eu en quelque sorte deux vies, celle d’avant et celle d’après la révolution. J’ai connu les plaisirs des deux mondes 🙂

« Avant », Internet n’existait pas. Incroyable, non ?
« Avant », les smartphones et les tablettes n’existaient pas. Hallucinant, non ?
« Avant », les ordinateurs n’existaient pas ! L’âge de pierre, en quelque sorte.

Mais on faisait comment, pour survivre ?

Pour se distraire : pas de jeux vidéo. Du coup, on jouait à des jeux « réels ». Des jeux de construction, des jeux symboliques, des jeux de société. Des petits soldats en plastiques. Ou on se rencontrait pour de vrai autour d’une table pour jouer au Monopoly.

Pour se documenter : pas d’internet, donc, des bouquins, des encyclopédies, des bibliothèques, des rencontres avec de vrais gens qui nous expliquaient ce que nous voulions savoir.

Parenthèse : Attention : à ce moment de mon exposé, je précise une chose : je ne suis pas en train de vous seriner un couplet du genre « c’était mieux avant ». Je vous explique juste comment c’était. Et ne croyez pas que ça remonte à l’antiquité : n’oubliez pas qu’il y a 16 ans, Google n’existait pas et que les premiers balbutiements de Facebook ont eu lieu en 2004…

Les réseaux sociaux s’appelaient bistrot du coin, cafétéria de la fac, salle de réunion, copains, potes, amis, amis de mes amis, tous plus réels les uns que les autres.

Les livres étaient en papier et comportaient de nombreuses pages. Lorsqu’on les commençait, on savait qu’on ne les finirait pas dans un quart d’heure. (les livres sont toujours là et ont toujours autant de pages, mais ils subissent une concurrence acharnée des textes courts comme l’article que vous êtes en train de lire).

Comme vous le constatez, ce monde d’avant existe toujours, mais il a été en quelque sorte « recouvert » par une couche de « vernis numérique » qui a tout changé.

Dans tout ce que je viens de vous décrire, la dopamine jouait son rôle, mais sa production n’était pas le moteur de l’existence.

La récompense n’était pas immédiate.

Et un jour, « Pong » est arrivé.

« Pong », c’était le premier jeu vidéo : un gros boîter avec deux manettes, on le branchait sur la télé (celle qui était aussi profonde que large), et on jouait… au ping-pong. Ce boîtier ne faisait que ça : il permettait de jouer à un seul jeu. Et jeunes et vieux (surtout jeunes, d’ailleurs) y passaient des heures. L’écran était noir, il fallait juste se renvoyer une « balle » en utilisant deux « raquettes » symbolisées par des barres blanches.

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Quoi, c'était ça, Pong ? Eh oui...

Quoi, c’était ça, Pong ? Eh oui…

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C’est mon souvenir le plus ancien de l’utilisation de la dopamine par un dispositif électronique. Ce jeu était addictif. Il procurait une sensation nouvelle, étrange, celle qui consistait à vouloir vite finir la partie, et vite la recommencer, sans cesse, pendant des heures.

Je ne sais pas si cela a été conscient au début, mais progressivement, au fur et à mesure que l’informatique progressait, avec son cortège d’utilisations nouvelles, la dopamine a été mise à contribution de manière intensive. Et cela ne s’est pas arrêté à l’informatique, mais a concerné tous les échanges d’informations, toute la communication, s’est mis à envahir nos vies.

La dopamine a pris le pouvoir…

 

J’arrête là cet article, parce que sinon il serait trop long et vous ne le liriez plus, conséquence de votre accoutumance à la dopamine 🙂

La suite de cette haletante saga dans le prochaine épisode !


Si vous voulez approfondir vos connaissances sur la dopamine et sur les autres « molécules du bonheur », et si vous comprenez l’anglais, je vous conseille l’excellent petit ebook intitulé « Meet Your Happy Chemicals: Dopamine, Endorphin, Oxytocin, Serotonin », écrit par Loretta Graziano Breuning.



 

Cet article est le dpremier épisode d’une série en quatre partie :

Quel numérique pour quelle école ?

Première partie : la molécule du bonheur

Deuxième partie : le côté obscur de la Force

Troisième partie : « c’est une révolution! »

Quatrième partie : dans ma classe…

 

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