Faut-il limiter, voire interdire l’accès des enfants des écoles maternelles aux écrans, quels qu’ils soient ? Faut-il au contraire les introduire massivement et placer des ordinateurs et des tablettes dans chaque classe ?

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Poser la problématique de cette manière serait une grave erreur…

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…C’était il y a un an, en juillet 2014.

A cette époque, je ne m’étais pas lancé le défi de publier un article par jour, mais je m’étais fixé un objectif : mener à bien une vraie réflexion sur les avantages, les inconvénients, les pièges à redouter et les précautions à prendre lorsqu’il s’agissait d’introduire des tablettes dans les classes de maternelle.

Parce que je pensais – et je continuer à le penser, c’est pour moi une certitude – que mettre des jeunes enfants en face d’écrans est globalement néfaste, qu’il s’agisse de télévision, d’ordinateur ou de tablette. Ou plutôt « mettre des jeunes enfants en face d’écrans, sans avoir réfléchi au contenu qu’on allait leur proposer ».

La révolution numérique est d’abord et avant tout un progrès « technique ». Les industriels qui ont inventé toutes ces technologies n’ont qu’un but : vendre. Et les créateurs de logiciels aussi. Et pour pouvoir vendre encore et encore, ils cherchent à mettre les consommateurs que nous sommes dans des situation d’addiction. Concernant globalement les « jeux », l’addiction n’est pas une conséquence, c’est le but clairement et publiquement recherché.

Culture auto-transmise

Lorsque nous regardons autour de nous l’usage qui est fait d’Internet et plus globalement du numérique dans la population, et sans porter de jugement de valeur, nous constatons qu’une infime partie des possibilités offertes est utilisée.

Et lorsque nous observons les usages des jeunes générations, qui constatons-nous ? Qu’il n’y a personne pour guider, pour conseiller, pour montrer l’étendue des possibles numériques. Mais qu’une culture se crée et se transmet, au sein même de la population concernée, en circuit fermé en quelque sorte, et qu’elle se réduit bien souvent à trois activités :

  • La consommation de contenu « tout prêt »
  • La recherche d’addiction via le jeu. (J’ai bien dit « la recherche »).
  • Les réseaux sociaux.

Il est à noter que les nouveaux réseaux sociaux (Snapchat, Meerkat, Periscope et maintenant Beme) sont basés uniquement sur le partage de vidéos réalisées à partir de son smartphone, sans un mot écrit. Et que les services comme Google Now ou Siri permettent également de ne plus avoir d’interaction écrite. Donc, nous pouvons penser que dans un futur proche, les adeptes de cette culture auto-transmise n’utiliseront plus du tout la communication écrite.

Si on prend une posture rigide et arc-boutée sur les valeurs d’une époque qui est quasiment révolue, celle de l’ère précédent celle du numérique, effectivement, on peut avoir peur et exiger la suppression du moindre écran chez les enfants, surtout les plus jeunes.

Pagayer à contre-courant ?

Mais si on supprime les écrans des écoles, on ne les supprimera pas des familles, et on essaiera vainement de pagayer à contre-courant d’un fleuve qui emporte tout sur son passage.

Au contraire, l’école est l’endroit particulièrement adapté – et c’est quasiment le seul, d’ailleurs ! – à la mise en contact avec des usages du numérique qui auront été réfléchis, soigneusement encadrés, choisis avec soin, et qui leur permettra d’entrer dans cet univers avec des clés pour le comprendre et des armes pour le maîtriser. Et avec un paysage bien plus large que celui qui aurait été proposé sans cette mise en contact préalable.

A condition que l’école ait au préalable réfléchi à ces usages, déterminé des critères de choix des outils à proposer, créé l’encadrement nécessaire à une introduction raisonnée de l’ordinateur, de la tablette, du réseau et du logiciel auprès du public jeune.

C’est absolument fondamental. Et c’est une démarche qui, dans l’état actuel des choses, doit être principalement accomplie par chaque enseignant, à son niveau, et qui demande une prise de conscience à la fois individuelle, collective et institutionnelle ( concernant l’institution, la prise de conscience a eu lieu, mais la tâche est gigantesque et tout ne sera pas réglé en un claquement de doigts).

Aventure risquée

Donc, pour en revenir au mois de juillet 2014, j’avais décidé de me lancer dans une aventure très risquée et bien plus difficile que celle du défi actuel : elle consistait à écrire une série d’articles (j’en avais prévu deux, au final il y en a eu quatre) sans savoir, au départ, quelles seraient mes conclusions. Cela consistait en quelque sorte à réfléchir publiquement et par écrit et à avancer dans la réflexion sans possibilité de faire machine arrière ni d’abandonner le travail. Il fallait aller jusqu’au bout, et terminer avec la rédaction d’un genre de charte, que j’appliquerais dans ma classe, et qui me permettrait de rester « sur les rails ».

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Les trois lois de la robotique

Mon idée était en quelque sorte d’édicter les « lois de l’utilisation du numérique au sein de ma classe », de la même manière que l’écrivain Isaac Asimov avait édicté les « trois lois de la robotique », aux alentours de 1940, lorsqu’il s’était posé la question de leur nécessité. Parce qu’il avait inventé une nouvelle catégorie d’entités, qu’il avait appelée « robots » et qu’il se grattait la tête au vu des questions philosophiques qui se bousculaient suite à cette invention.

Pour la petite histoire, ces règles sont les suivantes :

  • Un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni, en restant passif, permettre qu’un être humain soit exposé au danger.
  • Un robot doit obéir aux ordres qui lui sont donnés par un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la Première loi.
  • Un robot doit protéger son existence tant que cette protection n’entre pas en conflit avec la Première ou la Deuxième loi.

Trois lignes, trois lois, qui clarifient la situation et permettent d’aller plus loin.

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J’avais fini par en venir à bout 🙂

Et au cours de l’année solaire qui s’est écoulée, je m’y suis souvent référé, et mes trois petites lois m’ont été bien utiles.

J’ai tendance à penser que ces quatre articles de juillet 2014 sont les plus importants de ce blog.

Et pour éviter qu’ils ne disparaissent dans les limbes du passé et des archives de Tilékol, je me suis dit qu’il serait bon de les mentionner de nouveau cette année, avant la rentrée des classes.

Donc, je vous invite à les lire ou les relire.

L’aventure commence ici !

© agsandrew - Fotolia.com

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