Lorsqu’on parle d’organisation et d’efficacité, il y a un élément à étudier à la loupe : il s’agit du perfectionnisme.

Parce que le perfectionnisme rend plus efficace ? Pas du tout…

Parce que le perfectionnisme peut être un frein, un boulet, une plaie, une paire de menottes, une entrave, un bridage, bref en un mot le perfectionnisme peut être « toxique ».

Je vois certains d’entre vous sursauter.

Vous faites peut-être partie de ces personnes qui se targuent d’être perfectionnistes, qui prennent plaisir à contrôler les moindres détails de tout ce qu’elles entreprennent, qui éprouvent une grande satisfaction à faire les choses de manière parfaite.
Cet aspect de votre personnalité vous vient certainement de vos parents, qui étaient attentifs, affectueux, qui souhaitaient le bonheur pour vous, qui étaient prêts à tous les sacrifices, et qui vous ont poussé à donner le meilleur de vous-même.

Bien sûr ! Le perfectionnisme est une qualité. Une grande qualité .

Mais de la même manière que l’amour et la haine peuvent être des sentiments tout proches, la frontière entre le « bon » et le « mauvais » perfectionnisme est souvent ténue.

Et c’est une excellente nouvelle, comme nous allons le voir un peu plus bas.

« Etes-vous perfectionniste ? »

Faisons un petit test très simple.

Il vous suffit de répondre par « oui » ou « non » à la question suivante :

« Lorsque vous écrivez un email, est-ce que vous le relisez plusieurs fois, à la recherche de la moindre faute d’orthographe ? »

Est-ce que vous reprenez certaines formulations, est-ce que vous rajoutez des détails utiles, est-ce que vous vous relisez une dernière fois avant de cliquer sur « envoyer » ?

Attention, je ne parle pas d’emails importants, capitaux, mais d’une simple communication avec un collègue ou un membre de votre famille…

Si vous avez répondu « oui », alors vous êtes perfectionniste.

Vous avez envoyé un email parfait.
Votre correspondant l’a survolé en trente secondes.
Vous avez passé une demi-heure dessus.
Vous avez perdu vingt-cinq minutes et une énergie considérable.

Si vous êtes perfectionniste et que vous n’y prenez pas garde, vous risquez de devenir votre propre esclave et de rendre la vie impossible aux gens qui vous entourent.

Tenez, prenez Steve Jobs, le regretté patron d’Apple.

By matt buchanan (originally posted to Flickr as Apple iPad Event) [CC-BY-2.0 (www.creativecommons.org/licenses/by/2.0)], via Wikimedia Commons

Cet homme était le Pape des perfectionnistes.

Cet aspect de sa personnalité lui a permis de faire avancer l’informatique d’une manière phénoménale, et de créer des produits d’une esthétique époustouflante, d’une ergonomie idéale, avec une recherche de la perfection jusque dans les plus infimes détails.
(bon perfectionnisme)

Par exemple, lorsqu’il a décidé de lancer les « Apple Stores », les boutiques en dur vendant les produits Apple, il a loué un hangar et pendant des mois, il a testé, monté, démonté, aménagé la « boutique-modèle » en la triturant dans tous les sens : mobilier, carrelage, disposition, circulation des clients, éclairage, présentation des produits ont été changés encore et encore jusqu’à ce que la boutique idéale prenne corps.

Et au bout de six mois, lorsque tout était parfait… il a tout fait casser, et il a tout repris de zéro !
(Bon perfectionnisme : il avait les moyens, le temps et la passion nécessaires. Les « Apple-Stores connaissent un succès commercial éclatant. Le magasin de New-York est même LA boutique la plus rentable du monde, tous commerces confondus !)

Eh bien Steve Jobs, personnage majeur de la Silicon Valley, multi-milliardaire, a vécu toute sa vie dans une maison vide.

Le design était tellement important à ses yeux qu’il n’a jamais pu acheter le moindre canapé pour le mettre dans son salon, parce que pour lui, c’était le « canapé parfait » ou rien. La perfection n’étant pas de ce monde, ce fut « rien »…

Il faut dire que son amour du zen lui facilitait les choses. A lui, mais pas aux autres.

Lorsqu’il recevait chez lui des personnages importants, des grands de ce monde, il les installait dans sa cuisine, parce que c’était la seule pièce qui possédait une table et des chaises !
(Pas terrible, avouez-le)

Quand je vous disais qu’il était le Pape des perfectionnistes… Avec les qualités et les défauts que cela implique.

Pour lui, les gens étaient soit des « génies », soit des « nuls ». Bonjour l’ambiance lorsqu’il décrétait que tel employé était nul ! Il prenait la porte illico.

A tel point que la légende dit même que nombre d’employés d’Apple ne prenaient jamais l’ascenseur, de peur d’y croiser le « Boss »… (Mauvais perfectionnisme !)

Ne laissez pas votre perfectionnisme vous bloquer et vous empêcher d’agir.

 

  • Ce mail que vous allez écrire, il contient peut-être une petite faute, et alors ?
  • Ce rapport que vous allez rendre, il contient peut-être une petite imprécision. Pas grave.
  • Ce projet de blog d’enseignant que vous n’arrivez pas à lancer depuis des mois, parce que vous voulez que tout soit parfait avant même de commencer, vous pouvez le concrétiser en quelques minutes. A condition d’accepter qu’il soit imparfait pour l’instant. Vous apprendrez vite.
  • Ces reproches que vous faites à certaines personnes de votre entourage, malgré l’amour que vous éprouvez pour elles, viennent en grande partie gâcher vos relations. Pour des motifs futiles.
  • Ces détails insignifiants qui vous ont pris des heures aujourd’hui vous ont empêché de vous occuper des priorités, et vous vous retrouvez le soir avec un double sentiment : épuisement et frustration.

Prenez conscience des blocages provoqués par le souci de la perfection, et prenez du plaisir à être imparfait !

Oui, vous avez bien lu : du plaisir.

Tenez, essayez de mettre en pratique ces deux suggestions :

  • Obligez-vous à être imparfait dans les tâches courantes et sans importance. Vous verrez, c’est le premier pas qui compte et avec un peu d’habitude on s’y fait très bien ! Et on gagne un temps fou.
  • Laissez tout votre perfectionnisme s’exercer dans certaines actions triées sur le volet, qui vont vous apporter une satisfaction intense !

Apprenez simplement à régler ce petit curseur qui se trouve dans votre tête.

Vous constaterez qu’une variation infime « bloque la machine » ou au contraire « libère tous les freins ».

Et je vous GARANTIS que ce curseur est celui de l’efficacité !

Tout comme le sauteur en hauteur qui loupe bêtement un podium parce qu’il a placé la barre trop haut par désir d’être « médaille d’or sinon rien », le perfectionniste « toxique » est son propre ennemi.

En baissant la barre, vous allez constater que tout devient plus facile.

Essayez, vous n’êtes pas au bout de vos (bonnes) surprises…

 

Allez, baissez-moi cette barre, et découvrez le plaisir de l’efficacité…

 

 


Si vous vous sentez concerné par ce chapitre, je vous conseille fortement de lire Toujours mieux ! : Psychologie du perfectionnisme, de Frédéric Fanget, aux éditions Odile jacob
.
Après l’avoir lu, vous ne serez plus la même personne. Vous ne serez réellement plus la même personne… Comment transformer un perfectionnisme toxique en perfectionnisme libérateur. Comment transformer un frein en accélérateur. Testé et approuvé par votre serviteur…