Voici une courte présentation d’un système d’apprentissage de la lecture que je trouve passionnant. Il s’agit de la « pépite pédagogique » dont je vous parlais récemment. Je suis tombé dessus un beau jour par le plus grand des hasards, et j’ai immédiatement été subjugué par sa logique, son cadre, sa limpidité et par la clarté des explications et la qualité des outils fournis gracieusement par son auteur, Jacques Delacour, à la communauté éducative.

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Il s’appelle « écrilu », et je vous en fais une petite présentation dans les lignes qui suivent. Venez, vous allez voir, c’est extrêmement intéressant.

L’apprentissage de la lecture…

L’apprentissage de la lecture, ce n’est pas un sujet facile à aborder entre enseignants. Parce que c’est intimidant. Combien de fois ai-je entendu des instits me dire « je ne prendrai jamais un CP, ça me fait trop peur ! »…

L’apprentissage de la lecture, c’est un sujet clivant, où on assiste à des guerres de tranchées pédagogiques, chaque spécialiste de la question étant persuadé de détenir la vérité, le Saint-Grââl, et envoyant des invectives à la tête de ses adversaires comme les gaulois d’Astérix s’envoyaient les poissons de ce pauvre Ordralphabetix…

L’apprentissage de la lecture, c’est un sujet commercial, et les éditeurs grands et petits débordent d’imagination pour convaincre les écoles de s’équiper de leur produit, combinant manuel pédagogique, fichiers élèves, livres, CD, albums, figurines en caoutchouc, affiches, affichettes, lettres aimantées, en 3D, en relief, boîtes de jeux et autres merveilles brillantes et clignotantes…

L’apprentissage de la lecture, c’est un sujet passionnant.

…C’est délicat

Je vous explique pourquoi j’ai tant attendu avant de publier cet article que je vous ai promis il y a de cela bien longtemps.

…C’est pour toutes les raisons énumérées ci-dessus. Et aussi pour une autre : ceux qui ont l’habitude de lire les articles de ce blog savent que le « jargon pédagogique » me donne des boutons. Et pourtant, je lui accorde une qualité. C’est celle de décrire des concepts subtils et souvent complexes en employant systématiquement le mot JUSTE.

Il fallait donc que je fasse un gros effort de rédaction, et j’ai eu un peu de mal à me lancer, allez, j’avoue. Vais-je arriver à écrire les lignes qui suivent en « français normal » ?

Bon, allez, cette introduction a assez duré, plongeons directement dans le grand bain.

Il existe une grande différence entre un élève qui maîtrise la combinatoire simple et un lecteur.

Un élève de fin de grande section qui a pigé la combinatoire saura sans souci lire une phrase du genre « Papa a une moto » et arrivera à produire lui-même de petits textes simples.

Mais ce même élève se trouvera bien coincé lorsqu’il tombera sur la phrase « Ce monsieur s’aide d’une béquille ».

Selon la méthode employée par son enseignant, le chemin pour lire cette phrase sera différent.

Pour caricaturer à l’extrême, s’il apprend à lire en « syllabique », il lui faudra une mémoire d’éléphant et un immense sens de l’analyse pour faire face à toutes les situations de lecture.

Et s’il apprend à lire en « global » et qu’il n’a pas par le passé photographié mentalement et donné du sens aux mots-images « monsieur » et « béquille », il se trouvera devant un hiéroglyphe.

(Je vous avais prévenu que je caricaturais, merci de ne pas me crucifier immédiatement. Notez de plus que je n’ai pas évoqué les méthodes dites « mixtes » ni celle dite « naturelle », mais le cœur y est).

Attention, pépite en vue

La lecture n’est pas qu’un déclic. La lecture n’est pas qu’un automatisme. C’est un cheminement cérébral complexe. On peut faire une thèse de mille pages sur le sujet (en pur jargon), on peut aussi tout simplement se mettre à la place de l’élève (oups, j’ai failli dire « de l’apprenant »).

Et c’est là que j’en arrive à ma trouvaille, à la pépite pédagogique qui m’a fait sursauter. Je crois être tombé par inadvertance sur quelque chose d’important.
Il s’agit d’un tout petit (mais très dense) site web monté par un enseignant, Jacques Delacour. Je ne connais pas ce monsieur, mais franchement, à la lecture de la page d’accueil de son site, j’ai immédiatement éprouvé du respect pour lui.

Coder-décoder

En quoi consiste son approche ?

Tout simplement à faire coder et décoder par les élèves des mots, du plus simple au plus complexe, mettant en action toutes les correspondances phonèmes-graphèmes possibles. (Voilà, ça y est, v’là que je parle en jargon, je vous avais prévenu que ce serait difficile à éviter !)

Je voudrais reprendre ici deux paragraphes de Monsieur Delacour, j’espère qu’il me l’autorisera … Ce sont tout simplement les deux premiers paragraphes de la page d’accueil de son site :

« Au lieu de placer l’apprenant illettré devant un texte qu’il ne peut pas lire, il faut lui proposer de coder du sens oralisé en remplaçant chaque son par une ou des lettres, puis de relire ce qu’il vient d’écrire. Ceci le conduit à disposer en réseau mémoriel, du sens, des sons et de leurs représentations orthographiques.

Il va ainsi respecter et rééditer la genèse de la communication écrite : il a bien fallu commencer par écrire, coder du sens-son, pour avoir la possibilité de décoder l’écrit obtenu, en mémoire des codages utilisés. Lorsqu’on commence par coder, le décodage est assuré dans 100% des cas. »

Au lieu d’être placé devant des énigmes impossibles à résoudre, l’élève va commencer par CODER des mots en les écrivant, sous la conduite de l’enseignant.

Concrètement, ça se fait comment ?

L’écritoire

A l’aide d’un tableau que Jacques Delacour a appelé « écritoire ».

Le tableau contient 36 cases, que l’auteur a appelé « cadres ».

Chaque cadre contient les différents codages d’un phonème.

Il y a 36 phonèmes en français, c’est la raison pour laquelle l’écritoire contient 36 cadres.

…Vous suivez ?

Par exemple, le phonème /z/ est présent dans les mots suivants :

  • « Zéro » : dans ce cas, il s’écrira « z »
  • « Onze », dans ce cas il s’écrira « ze »
  • « Cerise », dans ce cas il s’écrira « se »
  • « Ils lisent », dans ce cas il s’écrira « sent »
  • « Que tu lises », dans ce cas il s’écrira « ses »
  • « Deuxième », dans ce cas il s’écrira « x »
  • Etc… (il y a d’autres occurrences).

Donc, le cadre du /z/ se présentera comme ceci :

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cadre_z

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Et ce sera ainsi pour chaque cadre/phonème.
Exemples :

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ecritoire

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Tout se passe ensuite sous la forme d’un dialogue avec le maître, qui utilisera un pointeur (une baguette) et des craies (ou des feutres Velleda).

Voici un court extrait du document de l’auteur à l’usage du maître :

« L’écritoire est le seul instrument pédagogique actuel qui permet à l’élève à la fois d’écrire ou/et de lire.

1. Coder, écrire : /J’ai attrapé un rhume…rhume/ l’enfant pointe le mot /rhume/ en pointant chaque graphème correspondant aux phonèmes du mot : « rh-u-me » et le maître écrira au tableau rhume, rhume, [rhume en cursive].

2. Décoder, lire : Quel que soit le graphème pointé, la colonne sonore où il figure indique sans erreur possible sa valeur sonore. Si le maître pointe rh- u (dans la colonne phonétique /o/) – m, l’élève décode et lit /rhum/. »

L’eau à la bouche

…Je vais m’arrêter là dans la description du système, parce sinon cet article sera trop long.

L’objectif était de vous donner en quelque sorte l’eau à la bouche, et de vous encourager à découvrir le site web de Jacques Delacour :
http://apprendre-a-lire.pagesperso-orange.fr

Je vous encourage notamment à lire attentivement la page d’accueil et à vous diriger ensuite vers la page des téléchargements, où vous trouverez une mine d’explications.

Bien entendu, nous reparlerons d’écrilu.

Si vous l’utilisez, merci de nous faire part de votre expérience en commentaires. Je vais contacter M. Delacour et l’inviter à nous parler de la mise en pratique de sa découverte.


Vus avez aimé cette approche ? Vous utilisez déjà l’écritoire , vous avez des conseils à donner aux lecteurs de cet article ? Les commentaires sont là pour vous !

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