Continuons notre exploration du « Trouble Déficit de l’attention, avec ou sans hyperactivité », le TDA/H. Et gardons-nous de jugements à l’emporte-pièce. Les causes possibles sont multiples, les manifestations sont diverses, la vigilance est de mise. Avant d’agir, il faut commencer par cerner la question.

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TDAH-indices

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Une chose est sûre : le sujet est passionnant.

Avertissement : je ne suis pas psychologue.

Je suis juste un enseignant en contact avec toutes sortes d’élèves et qui essaie avec plus ou moins de réussite d’aider chacun d’eux. Ceci qui suit est une simple réflexion personnelle.

Les professionnels de la prise en charge des enfants à besoins particuliers y verront peut être des énormités, et finalement c’est tant mieux, parce qu’ils pourront s’exprimer en commentaires et éclairer tous les lecteurs ainsi que moi même.

Toutes les occasions sont bonnes à prendre lorsqu’il s’agit de progresser.

Ceci est la deuxième partie d’une série d’articles commencée ici (cliquez)

Entrons tout de suite dans le vif du sujet.

Tout d’abord, un détail qui a son importance : le TDA/H (Trouble Déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité) était autrefois appelé THADA (Trouble de l’Hyperactivité avec Déficit de l’Attention). Comme vous le constatez, le point d’observation a changé, et l’hyperactivité n’est plus la condition première.

Le radar

Il n’y a pas deux individus semblables sur notre planète. Nous avons tous nos caractéristiques physiques, mais aussi mentales.

Quelques-unes de ces caractéristiques :

  • Nous sommes plus ou moins actifs
  • Nous sommes plus ou moins rêveurs
  • Nous sommes plus ou moins expansifs
  • Nous sommes plus ou moins à l’aise au contact des autres humains (en face-à-face, en petit groupe, en grand groupe)
  • Nous sommes plus ou moins adroits
  • Nous sommes plus ou moins agressifs
  • Nous sommes plus ou moins leaders
  • Nous sommes plus ou moins émotifs
  • Nous avons un QI plus ou moins élevé
  • Etc…

A chacune de ces caractéristiques, un petit curseur est associé. En fonction de la position de tous ces curseurs, nous avons en quelque sorte une « schéma mental » qui va nous définir.

On peut lui donner un peu l’aspect d’un radar. Ce sera l’observation du « faisceau d’indices » qui aidera à qualifier le TDA/H ou non.

J’ai fait deux petits schémas. A prendre avec des pincettes : je le répète, c’est important, ceci n’est pas une publication scientifique mais une simple réflexion personnelle.

Par exemple, observons le « radar » ci-dessous. Que constatons-nous ?

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TDAH1

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Des valeurs moyennes :

  • Attention : 3 sur 5
  • Concentration : 3 sur 5
  • Ecoute : 4 sur 5
  • Activité motrice : 3 sur 5
  • Agressivité : 2 sur 5
  • Impulsivité : 1 sur 5

 

Visiblement, cet enfant n’est pas touché par le TDA/H.

Mais penchons-nous sur le radar suivant :

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TDAH2

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Qu’observons-nous ?

  • Une hyper-activité : 5 sur 5
  • Une agressivité élevée : 4 sur 5
  • Une forte impulsivité : 5 sur 5
  • Une faculté de concentration très faible : 1 sur 5
  • Un niveau d’attention très bas : 1 sur 5
  • Une capacité d’écoute réduite : 1 sur 5

Visiblement, cet enfant a certains curseurs « à fond » et d’autres « au minimum ». C’est un candidat au statut de porteur de TDA/H, avec l’option « H » comme « hyperactivité ».

Mais n’allons pas trop vite en besogne, il y a d’autres critères très importants qui entrent en scène.

Le contexte

Nous ne réagissons pas de la même manière, et parfois, il faut bien le dire, nous ne sommes pas « la même personne » selon notre environnement. Un père de famille tranquille et timide va se transformer en supporter déchaîné et hurleur lorsqu’il va voir le match de foot de son équipe préférée.

De même, un élève fortement perturbateur (et perturbé) va parfois totalement changer de comportement en changeant de classe et d’enseignant, et devenir doux comme un agneau.

Les enseignants connaissent bien ce phénomène.

La notion de « trouble »

C’est quand même là que se situe le point crucial.

Le trouble implique un malaise, voire une détresse. Un décalage dans les relations avec les autres, que ce soit au niveau social, scolaire ou « occupationnel ».

C’est là que le rôle du psychologue scolaire est très important. Parce qu’en diagnostiquant le TDA/H, il va rassurer tout le monde, et en particulier la famille : mon enfant est reconnu, il va être suivi, nous allons être aidés.

Comme me le disait Louise, lectrice, dans le mail qu’elle m’a envoyé, « il s’agit de troubles, non de caprices ou d’éducation ratée, mauvaise ou insuffisante. »

Les causes du TDA/H

Là, j’ai fait des découvertes. Parce que selon la perspective dans laquelle on se place, on se rend bien compte que nous avons affaire à un sujet délicat et que nous devons garder l’esprit ouvert.

L’explication médicale

Bien entendu, les médecins et chercheurs ont déterminé des causes objectives possible au TDA/H. Par exemple, des lésions au niveau du cerveau, un dysfonctionnement de réseaux neuronaux, ou un héritage génétique particulier.

L’explication nutritionnelle

  • Une pharmacienne allemande, Herta Hafer, aurait guéri son propre enfant de tous les symptômes du TDA/H en QUATRE jours, simplement en supprimant les phosphates de son alimentation. Elle a même publié un livre sur le sujet, intitulé « La drogue cachée : les phosphates alimentaires, cause de troubles du comportement, de difficultés scolaires et de délinquance juvénile ». Pour elle, les phosphates ont envahi notre alimentation et sont un poison, une drogue, qui est la cause de nombreux troubles du comportement. Je n’ai pas lu son livre, qui est semble-t-il assez difficile à se procurer.
  • Le manque d’Oméga-3 est également une cause possible.
  • Le déficit en magnesium est également une piste sérieuse, avancée par certains médecins (voir ce livre.)

Mise à jour du 22 octobre 2015 : Voici une vidéo édifiante qui m’a été signalée sur la page facebook de Tilékol. Dans une école australienne, les élèves ont été nourris sans aucun additif pendant deux semaines. Le résultat est incroyable.

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Le lien avec le haut potentiel

Les EIP (élèves intellectuellement précoces), qualifiés d’enfants « à haut potentiel » ont souvent des problèmes pour s’adapter à la société, donc au cadre scolaire.
Ils pensent différemment, ont des émotions particulières.

…Et donc, ils peuvent très bien présenter tous les symptômes du TDA/H. Et s’ils en présentent les symptômes et éprouvent le « trouble », c’est qu’ils sont des porteurs de TDA/H.

Là, il faut quand même faire attention et se méfier d’une forme d’hypocondrie. Certaines personnes (Pas toutes ! Ne m’incendiez pas dans les commentaires !) ont vite tendance à s’auto-qualifier de « zèbres autistes porteurs de TDA/H ». C’est certainement vrai (repensez aux curseurs) mais connaissent-elles un vrai trouble ?

« Mon enfant est agité, c’est parce qu’il est surdoué » est une phrase qui revient de manière régulière dans les conversations parents-enseignants. Une phrase à laquelle il convient d’accorder néanmoins de l’attention : c’est parfois un appel à l’aide déguisé.

Bien entendu, le lien entre certains EIP et TDA/H est évident. Bien entendu, nombre de personnes à haut potentiel ont des difficultés à s’intégrer dans la société, et l’appellation de « zèbre », inventée par Jeanne Siaud-Facchin dans son livre « Trop intelligent pour être heureux ? L’adulte surdoué » est particulièrement pertinente. Un de ces jours, je vous parlerai des « zèbres », vous verrez, là aussi c’est passionnant.

L’approche « psy »

Bien entendu, impossible de ne pas la citer. Elle existe aussi, et c’est souvent la première qui vient à l’esprit. Les approches sont différentes, mais les effets du trouble sont les mêmes.

Aborder le TDA/H

Quelle est la conclusion ? On peut aborder le TDA/H de bien des manières. Ce n’est pas un sujet simple, et il faut le prendre au sérieux. Il n’y a pas de réponses toutes faites.

Donc, nous, les enseignants, nous ne devons pas nous résigner à avoir un élève particulièrement déconnecté, ou perturbé-perturbant dans notre classe.

Nous devons prendre conscience que ce trouble est bien réel, qu’il est défini, documenté, pris en compte par l’ASH. Et que nous pouvons nous aussi être aidés lorsque nous avons un de ces « enfants à besoins particuliers » dans notre classe.

Je vois trois grands niveaux d’action, mais les lecteurs spécialisés dans le domaine pourront certainement apporter des précisions supplémentaires. Les commentaires sont là pour ça, ne soyez pas timides, participez 🙂

  • Le signalement. Signalons systématiquement. C’est dans l’intérêt de tout le monde !
  • Le Plan d’Action Personnalisé (PAP). Il a été introduit dans la circulaire 2015-016 du 22 janvier 2015. Vous trouverez un article très bien fait à son sujet ici.
  • L’action individuelle, quotidienne, de l’enseignant, dans sa classe. Parce que oui, on peut agir, et oui, on peut obtenir des résultats, y compris pour les élèves qui ne sont pas des porteurs de TDA/H déclarés mais dont certains « curseurs » sont quand même à des niveaux élevés.

Comment agir en classe ?

C’est ce que nous verrons dans la troisième partie de cette série d’articles. Je vous ai parlé d’un livre très intéressant et très concret. Je suis actuellement en train d’entrer en contact avec son auteur, et j’aimerais l’interviewer, un peu comme je l’avais fait avec Eline Snel.

Un peu de patience, un peu de suspense, vous saurez tout très bientôt !


Je voudrais remercier Arlène, psychologue scolaire fraîchement retraitée, avec laquelle j’ai eu une conversation téléphonique très intéressante au sujet du TDA/H, ce qui m’a grandement aidé à rédiger cet article.

 

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